Beak>

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( Invada Records ) - 2012

» Chronique

le 17.07.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

Enfin. Enfin de la musique bizarre. Enfin de la musique bizarre qui s'écoute néanmoins confortablement installé dans son salon ou dans sa crypte, au choix. Beak> revient par la grande porte avec un deuxième album complétement doux et dingue qui rentre directement dans la liste des albums les plus improbables de l'année.

Puisque Portishead semble résolument en vacances, sa section rythmique (Jim Barr à la basse et Clive Deamer à la batterie) ré-explore les frontières du jazz avec le groupe Get The Blessing et Geoff Barrow profite de la récréation pour poursuivre ses expérimentations minimalistes et jubilatoires avec le trio Beak>. Les influences, clairement assumées, restent les mêmes : ce fameux krautrock des années Can et Neu!, cette coldwave fringante autour de Joy Division, et ces célèbres dissonances électroniques magnifiées par le compère bristolien Matt Elliott de The Third Eye Foundation.

Sorti il y a quelques semaines à peine, on en sait peu sur la genèse de ce deuxième disque. Après le succès du premier album éponyme (fruit de dix jours d'improvisations bricolées et montées en quelques titres) et des concerts qu'ils donnèrent, le groupe (Geoff Barrow, Matt Williams, Billy Fuller), de retour en studio, semblait avoir perdu l'inspiration et peinait à donner un nouveau souffle à son rock hypnotique et ô combien créatif. La suite fait partie de la légende autour d'une simple donnée météorologique : par une après-midi sombre et pluvieuse comme Bristol sait bien les faire, l'éclair de génie vint non pas d'une éclaircie salvatrice mais au contraire d'une nouvelle charge pluvieuse de gros nuages bien noirs, bien denses et bien glauques. Beak> retrouva alors le chemin de cette touche qui leur est propre, cette originalité improbable.

L’Angleterre sait parfaitement retranscrire en musique cette météo de fin du monde, pleine de beauté pour qui sait la voir. C'en est même un trait de caractère national. Le génie s'épanouit souvent dans l'humide dit le proverbe, même s'il ne s'agit pas uniquement d'eau de pluie ni d'eau tout court d'ailleurs... Mais avec Beak>, la question de la sobriété ne se pose pas avec ces dix titres à la puissance sourde et blafarde, poussés par une batterie linéaire et chancelante, et par quelques synthés désordonnés au bord de la rupture. Une voix caverneuse émerge par moments et les morceaux, d'une belle cohérence, naviguent entre sensibilité pop et expérimentations bruitistes sans jamais tomber sans la facilité ni dans l'entendu. Un bloc de granit massif, rugueux et doux à la fois, la tête perdue dans de sombres et mystérieux nuages.

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» Tracklisting

  1. The Gaol
  2. Yatton
  3. Spinning Top
  4. Eggdog
  5. Liar
  6. Ladies' Mile
  7. Wulfstan II
  8. Elevator
  9. Deserters
  10. Kidney

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