Gérard Manset

Lumières

( Pathé Marconi Emi ) - 1984

» Chronique

le 09.06.2012 à 06:00 · par Gaël P.

C'est finalement par l'entremise du nouvel album de Dominique A, Vers Les Lueurs (lequel album renoue avec la réussite de L'Horizon voilà six ans) que l'on redécouvre Gérard Manset, musicien français dont l'influence est grande - Bashung en aura d'ailleurs fait une référence en reprenant plusieurs de ses morceaux en concert - mais qui est quelque peu oublié aujourd'hui. A tort, tant ses qualités sur le plan de la composition tout comme au niveau textuel sont grandes, ce qui suscite chez l'un des meilleurs chanteurs français de notre époque, en la personne de Dominique A, l'envie de puiser auprès de la source Manset : de manière directe par une reprise de Lumières lors d'une Black Session chez Lenoir, mais aussi de manière plus subtile sur son nouvel album qui se construit tout autour de la dualité lumière/obscurité (particulièrement sur les morceaux Par Les Lueurs, Loin Du Soleil et Rendez-Nous La Lumière) proche de la thématique exprimée dans l'album chroniqué à travers ces lignes.

Bien entendu, Dominique A préfère de loin arborer une posture nettement plus optimiste que celle résolument sombre de Manset, bien présente sur la plupart des morceaux de Lumières, album paru en 1984 et considéré avec La Mort d'Orion (1970), Gérard Manset (1972) et Matrice (1989) comme l'un de ses classiques. Il n'y a d'ailleurs qu'à écouter les premières paroles de Vies Monotones pour s'en rendre compte : Nous avons des vies monotones/Rien dans le cœur, rien dans la main/Comme on ne dit plus rien à personne/Personne ne nous dit plus rien. Du fait d'une telle œuvre relevant du plus profond cafard mais aussi par un refus des concerts et une discrétion absolue sur sa personne (tel son homologue américain Jandek), on comprends ainsi rapidement pourquoi l'homme sera resté dans les marges de la chanson française durant sa longue carrière (laquelle n'est du reste pas terminée). Et c'est manifestement pour toutes ces raisons que l'on prendra un grand plaisir à découvrir sa longue discographie parsemée de pépites et dont l'existence nous paraissait inconcevable, tant un tel talent était a priori exclu des rangs des paroliers français.

L'écoute intégrale de Lumières fera néanmoins surgir une petite déception (mais heureusement minime), tant les trois derniers morceaux sont beaucoup plus banals en regard des trois premiers, véritables perles qui, tout en s'enchaînant merveilleusement bien constituent de formidables modèles d'écriture. Le démesuré Lumières par un phrasé discontinu et la grâce d'une chorale d'enfants suppléant une orchestration digne des meilleurs albums de Gene Clark, Que Deviens-Tu? en raison de ses mots durs porté par un rythme syncopé, traversé des notes élégantes d'une guitare électrique, Finir Pêcheur, hymne à une vie modeste, par d'émouvantes paroles s’intégrant parfaitement à un riff mélancolique et à une batterie martiale. On restera longtemps à se passer ces trois compositions en boucle, pouvant profiter d'autant plus pleinement de la joliesse de notre langue nationale dont les mots sous l'écriture de Manset paraissent davantage chargés d'émotion qu'ailleurs.

Ainsi, comme il serait souhaitable d'inciter à une redécouverte urgente des années quatre-vingt, lesquelles réservent vraiment de belles trouvailles (pour prendre un exemple américain, les albums peu connus du couple Loren Connors-Kath Bloom), puisse l'utilisation d'un morceau de Manset, en l'occurrence Revivre, dans la bande-son du nouveau film de Leos Carax faire (re)découvrir ce musicien important de la chanson française et en particulier les bijoux de ce disque-ci.

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Pochette Disque Lumières

» Tracklisting

  1. Lumières
  2. Que Deviens-Tu?
  3. Finir Pêcheur
  4. Vies Monotones
  5. Entrez Dans Le Rêve
  6. Un Jour Etre Pauvre

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