Codeine

When I See The Sun

( Numero Group ) - 2012

» Chronique

le 01.06.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

L'apologie de la lenteur, du minimalisme et de la tristesse a un nom. Et même une chapelle qui lui est dédiée, le slowcore, appelé aussi sadcore. Encore un nom savant pour désigner une musique qui se veut pourtant loin de toute arrogance. Il est pénible de faire rentrer un groupe dans une catégorie et un style alors que l'idéal voudrait qu'il porte en lui-même suffisamment de personnalité et de créativité pour s'affranchir d'un quelconque cadre. Mais qui se ressemble s'assemble et ainsi naissent les étiquettes. Souvent après-coup.

Car au début des années 90 et en réaction au mouvement grunge devenu bien trop tape-à-l'oeil pour contenir toute la finesse de la scène rock américaine, des groupes comme Codeine, Low, Slint, Shipping news, Chokebore, Him ou Bedhead parmi d'autres replacèrent l'honnêteté et la simplicité au cœur de la musique.

Les tempos furent alors généralement placés sur la position "adagio" des métronomes. Les voix redevinrent sobres et feutrées et la teneur des paroles ne s'apparentèrent plus à l'évocation du chant des oiseaux du matin ou du dernier joint fumé la veille. Les guitares furent souvent limpides, le son rendu à une simplicité inquiétante et les mélodies faussement naïves. La basse se retrouva globalement régie par la volonté de faire résonner chaque note dans chaque corps d'auditeur tandis que le jeu de batterie se s’embarrassa plus d'aucun artifice autre que de marteler consciencieusement chaque tom et cymbale avec la puissance et la régularité d'une... machine à..., d'une machine à marteler, par exemple.

Malgré ses apparences, le slowcore est né plein de vie, et vingt ans après, personne n'a encore d'ailleurs songé à s'en plaindre. Musique facile pour gens difficiles annonçait le titre d'une compile Labels en 1998 en guise de programme électoral. Il fut respecté et bien de ces groupes connurent le respect de toute une génération, y compris de celle d'après.

De 1990 à 1994, Codeine fut de ceux-là et acquis ses lettres de non-noblesse avec trois albums mythiques sortis sur le label Sub Pop. Une carrière fulgurante et une séparation bien trop prématurée. Aujourd'hui en 2012, le groupe revient. Porté par le prestigieux label de Chicago Numero Group qui entreprend la réédition des trois albums Frigid Stars, Barely Real, et The White Birch en vinyle et CD. Une réédition massive et pléthorienne puisque agrémentée de morceaux inédits, d'élégants packagings, de notes détaillées, de singles, démos, versions live, peel sessions et d'essais littéraires. Un exhaustif coffret de collectionneur voulant redonner vie à ses étagères mais surtout l'occasion de se replonger dans un groupe et un style qui n'a pas pris une ride.

Double occasion d'ailleurs puisque Codeine revient également sur scène, après donc 18 ans d'absence. Initialement invités par Mogwaï au festival All Tomorrow's Parties, le 26 mai dernier à Londres et portés par ces mêmes ATP pour une belle tournée européenne qui passera par les incontournables Primavera Sound Festivals de Barcelone et Porto, sans qu'aucune halte française ne soit prévue au programme... De quoi grincer des dents ou de prendre le premier billet d'avion! Éloge de la lenteur, disons-nous?

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