Microfilm

AF127

( Head Records ) - 2012

» Chronique

le 22.03.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

Lorsqu'en cette triste fin d'hiver je me rendis nerveusement à l'unique salle de concert de Briançon, l'Espace Babylone, j'étais loin de deviner que ma vie musicale allait changer.

C'était en mars 2005, l'air était encore vif, la neige au sol feutrait mes pas et ces gros nuages gris chargés de flocons menaçants n'annonçaient rien de bon pour la soirée. J'allais donner un concert, le premier de mon jeune groupe, nouveau fer de lance de la scène "rock maladroit" briançonnaise. Cette scène n'a d'ailleurs tenu aucune promesse, comme prévu.

En pestant contre le retard de mon guitariste, la désaffection croissante des amis censés venir au concert et contre cet hiver qui n'en finissait pas d'en finir, je ratais les balances du groupe du soir, cinq gars de Poitiers se demandant bien ce que le public d'une petite ville perdue au fond des montagnes pouvait bien leur réserver.

- "ça devrait te plaire" me glissa le programmateur de la salle. Avec son sourire en coin, ce mec avait bien préparé son coup et allait acquérir mon indéfectible et éternelle reconnaissance au cours de la soirée. Nous n'y étions pas encore...

- "mouais on verra", mais je te rappelle que nous aussi on joue, et en premier alors vive le stress!" répliquais-je en avalant une mauvaise part de pizza pré-concertum.

Le concert -le nôtre- fila, et s'acheva sans qu'aucune lueur d'espoir ni d'auto-satisfaction ne pointa à l'horizon. Quinze personnes dans la salle, trois paires de mains qui applaudissent. Fin de la parenthèse.

Et Microfilm entra en scène. Dès les premières notes, ma bouche s'entrouvrit pour ne plus se refermer. Je compris immédiatement que ce jeune groupe avait réussi à combler toutes mes attentes, réussi à mettre en musique tout ce dont mon imagination rêvait sans réussir à le formuler. Je passais une heure d'extase en assistant au concert rageur de ce qui allait devenir mon groupe de référence pendant les années futures. Du post-rock cinématographique, j'en rêvais et ils l'avaient fait. Chez moi. Et sans moi! Mais fait pour moi. Je ne m'en remis pas et allais suivre plus qu'assidûment la carrière de ce groupe attachant, original et pour une fois dans mes goûts, français.

En 2012, Microfilm a maintenant quatre albums au compteur dont ce grand dernier AF127. Ce groupe ne cesse de se bonifier. Douze titres ultra-travaillés et imaginés comme la bande son d'une vie des années 60 où le rock n'existait pourtant pas. Dialogues et extraits sonores de films d'époque à l'appui, soutenus par un gros travail video en concert, savamment élaboré lui aussi. Une formule déjà éprouvée, certes, mais utilisée ici à la perfection avec sensibilité et parcimonie. Microfilm assume et assure, va jusqu'au bout de son idée et ça marche. Aussi parce qu'avec ou sans vidéo, avec ou sans dialogues, la musique reste la priorité, au premier plan et droit devant.

Pas de chant donc, mais des instruments qui racontent des histoires. Des peurs, des joies, des colères. Des tensions, des soulagements. Du rock puissant et frêle à la fois, lancinant dans la construction mélodique et perpétuellement à la recherche de nouveaux horizons sonores, qui posent l'ambiance à coups sûrs. Un putain de bon concept et une grosse imagination, comme dans les films justement, les bons, ceux où on avale les mouches la bouche ouverte.

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