Karen Dalton

1966

( Delmore ) - 2012

» Chronique

le 24.02.2012 à 00:00 · par Sébastien D.

Ce disque est le troisième enregistrement de Karen Dalton (1937-1993) que fait paraître de manière posthume Delmore Recordings après Cotton Eyed Joe en 2007 et Green Rocky Road en 2008 et tous trois sont antérieurs à ses deux albums studio, It's So Hard To Tell Who's Going To Love You Best (1969) et In My Own Time (1971). Mal à l'aise, voire terrorisée à l'idée d'enregistrer en studio, Karen Dalton n'y est entrée que tardivement et sous la pression, et ces trois albums que sort aujourd'hui Delmore, enregistrés en concert ou "à la maison", peuvent ainsi être considérés comme ses albums de jeunesse, où l'on découvre la genèse de certains titres et la fraîcheur de certaines interprétations. 1966, comme son nom l'indique, compile des titres enregistrés en 1966 par Carl Baron, un ami de Karen, sur son magnétophone, dans le chalet isolé des montagnes du Colorado (à Summerville exactement) où se sont retirés Karen Dalton et son mari et musicien Richard Tucker. D'emblée, on sent Karen Dalton présente comme jamais, chez elle, entourée des siens, en confiance, sa voix mystérieuse et mélancolique, à la fois beaucoup plus vivante et fragile que dans l'artificialité confinée d'un studio d'enregistrement.

Karen Dalton est une magnifique interprète. Et ce disque laisse une large place à ses amis de Greenwich Village. Fred Neil, d'abord, avec le très Johnny Cash Other side to this life et Little bit of rain, dont une autre version existe sur It's So Hard To Tell Who's Going To Love You Best. Mais surtout Tim Hardin, avec qui Karen a joué quelques mois en trio avec Richard Tucker au début de l'année 1963. Trois des quatre morceaux de Hardin repris par Karen (Don't make promises, While You're On Your Way, et le très beau Reason to believe) sont issus de son premier album, sorti en juillet 1966, et constituent sans doute les premières reprises de titres qui en connaîtront bien d'autres ; le quatrième (Shiloh Town) sortira, lui, en 1973 sur l'album Nine.

A eux deux, Fred Neil et Tim Hardin ont donc écrit presque la moitié des titres de l'album ; le reste étant composé d'une reprise de Billie Holliday (à qui la voix de Karen Dalton a souvent été comparée) et de chansons traditionnelles, dont des versions très habitées de Green Rock Road ou de Katie Cruel, jouée au banjo, dont on trouve sur disque deux autres interprétations de Karen Dalton, la première datant de 1962 sur Cotton Eyed Joe et la seconde datant de 1971 sur In my own time, permettant de mesurer sa trajectoire musicale.

Quelques titres sont accompagnés à la guitare et à la voix par Richard Tucker, donnant à cet album la coloration d'une rencontre musicale intense et de partage dont a été témoin cette nature un temps protectrice et révélatrice.

Certains morceaux sont incomplets ; sur d'autres, on entend les bruits alentours et quelques paroles ; le souffle du magnétophone étouffe quelques moments de grâce ; mais que de vie, que de simplicité, que d'intensité sur ces titres, qu'aucun enregistrement en studio ne parviendra jamais à retranscrire complètement ensuite.

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Pochette Disque 1966

» Tracklisting

  1. Reason To Believe
  2. Katie Cruel
  3. Cotton Eyed Joe
  4. Green Rocky Road
  5. Don't Make Promises
  6. Other Side To This Life
  7. God Bless The Child
  8. Little Bit Of Rain
  9. While You're On Your Way
  10. 2:19 Train
  11. Misery Blues
  12. Mole In The Ground
  13. Shiloh Town
  14. Hallelujah

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