Bonnie 'Prince' Billy

Wolfroy goes to town

( Drag City / Domino ) - 2011

» Chronique

le 13.12.2011 à 06:00 · par Sébastien D.

Will Oldham a toujours aimé bien s'entourer pour enregistrer ses albums, que ce soit de ses frères, Ned et Paul, de Rian Murphy, de David Pajo ou plus récemment de Matt Sweeney ou de Tortoise. Et ce nouvel album de Bonnie Prince Billy ne fait pas exception à la règle. On retrouve le fidèle guitariste Emmett Kelly du Cairo gang, qui accompagne maintenant Will Oldham sur tous ses albums depuis The Letting Go, le multi-instrumentiste Shahzad Ismaily, lui aussi déjà présent sur Lie down in the light, Van Campbell aux percussions, Ben Boye aux claviers, Danny Kielly à la basse, et surtout Angel Olsen, qui irradie de sa voix tout l'album, et transfigure, par ses interventions tout en puissance, des titres comme time to be clear et quail and dumplings. La jeune chanteuse de Chicago n'a sorti que deux cassettes sur Bathetic et sur Love lion, mais elle se place déjà en digne héritière de Paula Frazer et de toute une lignée de chanteuses folk.

Avant d'enregistrer cet album, tout ce petit monde s'était retrouvé sur quelques scènes américaines (Chattanooga, TN et Columbus, OH) en fin d'année dernière, sous le nom de Babblers, pour jouer des reprises de morceaux d'un album de « songs for lonely lovers » enregistré par Kevin Coyne et Dagmar Krause en 1979 intitulé justement Babble.

Mais c'est à Louisville, chez lui (comme pour The Wonder Show of the World), que Will Oldham leur a donné rendez-vous quelques mois plus tard, à la fin du printemps, avec douze nouvelles chansons sous le bras. Il en reste dix sur l'album et toutes respirent cette atmosphère d'émulation collective.

Les chansons parlent de rupture (O once I had a partner / but now that is done), de difficultés à être (We are unhappy / We are unblessed / We are unfound / We are unseen), de perte d'êtres chers (There was a man I looked to / last I heard he'd sailed away / made home down in south Florida... What power he has, only I know / and now I have let my captain go), n'hésitant pas à parfois faire des détours vers des moments de poésie surréaliste ou de cocasserie (Fuck birds in bushes ou As boys we fucked each other / as men we lie and smile). Mais comme toujours avec Bonnie Prince Billy, ce ne sont pas ses histoires que l'on entend, mais cette voix qui chante nos propres histoires. Will Oldham ne cesse aussi de nous parler de Dieu. Un verset de la bible se retrouve dans la pochette du disque (God has not given us a spirit of fear, but of power and of love and of a sound mind, extrait du 2ème épître de Saint-Paul à Timothée) ; « God » et « Lord » sont partout dans les chansons, mais bien sous une forme panthéiste ou animiste (good god guides us / bad god leaves us ; God isn't listening), qui les rendent presque vivants parmi les vivants, tel Wolfroy, mi sauvage-mi divin, comme sur ce tableau de Lori D(amiano), acheté par Oldham et qui a inspiré le titre à l'album.

Comme de belles prières païennes, le rythme des morceaux est souvent au ralenti (sauf pour no match et quail and dumplings, deux très belles ballades country), installant patiemment une atmosphère qui repose d'abord sur des textes, une voix et une guitare solitaires et brutes. Mais souvent des chœurs, une mandoline et la voix d'Olsen apportent de la chaleur et de l'épaisseur à ces entrailles sèches. Parfois même, le rythme s'emballe pour donner vie à des refrains ardents comme sur new Tibet ou cows.

Bonnie Prince Billy nous offre donc un album rude, étranger et difficile à apprivoiser à la première écoute, mais riche de rencontres, de sentiments partagés et de plaisir collectif.

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Pochette Disque wolfroy goes to town

» Tracklisting

  1. No Match
  2. New Whaling
  3. Time To Be Clear
  4. New Tibet
  5. Black Captain
  6. Cows
  7. There Will Be Spring
  8. Quail and Dumplings
  9. We Are Unhappy
  10. Night Noises

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