o!jerome

Le disque est un manuscrit

( Zéro Egal Petit Intérieur ) - 2010

Le troisième disque d'o!jerome, entre antifolk et sounddesign

» Chronique

le 14.01.2011 à 06:00 · par Mathias K.

Le disque est un manuscrit : titre énigmatique, derridéen s'il en est, et qui dit combien o!jerôme, quand il ne tient pas la guitare chez Rome Buyce Night, aime les entre-deux, les zones de croisement, les glissements entre plusieurs territoires ou identités.

Revenons rapidement sur la composition du disque : quatre titres nouveaux, qui forment l'EP intitulé Le disque est un manuscrit, accompagnés de cinq titres déjà présents sur le deuxième album d'o!jerome (Pourtant nous avons, avec soin, cueilli quelques croquis pour votre album vorace) et un inédit, This Town.

Ici, il a beau tourner autour des idées de no fi et d'antifolk, il dérive lentement vers des territoires plus nettement travaillés par l'électronique et le sounddesign, dans une formule qui évoque immanquablement le dernier Sam Prekop, Old Punch Card. Un goût commun des dentelles électroniques, de la ténuité du son, du craquement aléatoire au bord du parasite, du tressage patient des motifs rapproche les deux musiciens. Si Prekop se tient sur un domaine résolument pop, du coté des Kinks et de Burt Bacharach, o!jerome flotte sur des harmonies plus interlopes et incertaines, auxquelles son amour des musiciens chicagoans (Tortoise, Maps & Atlases, Jim O'Rourke, Gastr Del Sol) et des musiciens (sud-)américains ou canadiens attachés à débouter le système des genres musicaux et l'harmonie tels qu'ils se pratiquent usuellement (Grails, My Disco, Hurtmold), doit sans doute quelque chose : pas des façons de faire toutes préparées, mais plutôt un ethos, une démarche, on oserait presque dire : une philosophie ou une morale.

Que son picking fasse penser à un tel, ou que ses arpèges en évoquent un autre, ce n'est pas décalque : c'est la musique qui s'innerve de toutes les autres, le manuscrit infusé par les signes extérieurs. La musique d'o!jerome a quelque chose d'érudite, en même temps qu'elle retranche beaucoup, jusqu'à ne garder parfois qu'un squelette de chanson, un thème fantomatique qui se répète autour duquel dansent de parcimonieux motifs électroniques (The Last Time I Saw August (Take 4)), attachés à capter des sensations plus que de la musique à proprement parler : une qualité de la lumière (The Maple Scratches The Light Awake), une atmosphère trouvle (Piaghella et sa ligne de synthé) la voix d'un grand homme disparu (Rythmeencage, superbe résurrection sonore du maître).

C'est qu'au fond, la musique semble surtout un véhicule pour resaisir de façon pour ainsi dire proustienne ces sensations. Elle rêvasse alors sans se presser, sur des gammes dont le parfum d'errance hypnotise (certains titres évoquent des variantes sélectionnées au milieu d'une série d'autres possibles), passant de pièces qui taillent le son en grandes lignes abstraites ou qui l'atomisent dans une sorte de dripping sonore (C'est le rythme, Rythmeencage), à une superbe pop song, This Town, troussée avec un savoir-faire qui ne pourra que forcer au silence l'inévitable importun qui ne manquera pas de débarquer pour trouver tout cela un peu trop intellectuel. Le disque est un manuscrit est une musique intempestive : elle passe sans crier gare d'un registre à l'autre, emprunte des détours complexes contre les règles tacitement édictées, remonte contre le courant, infuse du cerveau dans la pop, et de la pop dans les choses de l'intellect. Il en sort un parfum de liberté précieux.

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Pochette Disque Le disque est un manuscrit

» Tracklisting

  1. Piaghella
  2. C'est le rythme
  3. The Maple Scratches the Light Awake
  4. Rythmeencage
  5. The Name of this song Is Jeff
  6. Bxl#1 (Version étendue)
  7. Folk Psychology Part II
  8. Brng It Back (This Is the Trillionth Song)
  9. The Last Time I Saw August (Take 4)
  10. This town

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