!!!

Strange Weather, Isn't It?

( Warp / Discograph ) - 2010

Un quatrième album un rien décevant pour !!!

» Chronique

le 12.11.2010 à 00:00 · par Mathias K.

Depuis leurs débuts chez Gold Standard Laboratories, le trajet de !!! aura été une longue montée en puissance. Ouverte sur les guitares saignantes d'un premier album éponyme, elle passait au dance-punk mutant et heavy bass de Louden Up Now! et culminait en 2007 avec la roquette Myth Takes, rouleau compresseur dansant à peu près irrésistible. Cherchant autant du côté d'Animal Collective, Parts & Labor, The Who, Parliament ou Chrome Hoof que de Can, Rhys Chatham ou Steve Reich, !!! a inventé un grand chaudron où se croisent avec légèreté toutes les musiques des années 2000.

Un tel programme, d'autres groupes l'ont accompli à la même époque : DFA 1979, Hot Chip, Le Tigre, et au premier chef LCD Soundsystem et les formidables Out Hud, deux groupes où officiaient d'ailleurs quelques membres de !!!. Qu'est-ce qui, dans ce paysage, distingue !!!, pourquoi ont-ils pris une longueur d'avance, au moins en termes de succès et d'exposition médiatique ? C'est qu'ils rencontrent adéquatement leur temps, comme le font les grands groupes pop, mais aussi qu'ils portent avec eux quelque chose du décor idéologique de l'époque. En rassemblant, en remettant au centre le collectif (la danse, les jam sessions, les tubes taillés pour les clubs), l'esprit de fête qui souffle avec véhémence sur la musique de !!! est immédiatement politique. Qu'ils s'en prennent violemment aux coupeurs de têtes (Bush, Blair, Giuliani) ou qu'ils égrainent simplement des histoires débiles de club, !!! réitèrent l'exploit du Street Fighting Man des Stones : une euphorie telle qu'elle déclenche des bastons dans le public, couplée à une infaillibe lucidité politique ("Pas sûrs qu'on arrive à changer grand chose de l'état du monde : soyons donc un peu nihilistes !").

Recadré dans ce projet, Strange Weather, Isn't It? déçoit. La production, gonflée aux stéroïdes, semble pourtant étrangement plate et sage, commune. Les très forts contrastes graves/aigus de Myth Takes et Louden Up Now!, les potentiomètres dans le rouge, la rudesse des deux guitares, le tranchant de la batterie (le batteur Paul Quattrone est très nettement sous exploité : écoutez-le plutôt chez Modey Lemon), le compresseur à fond, les grands huit rythmiques, le son primitif : tout cela a été gommé, sinon oblitéré. Les formidables jams à rallonge, qui s'ouvraient et se refermaient sur de brutales déflagrations, se sont resserrées sur des formats plus pop : Steady as the Sidewalk Cracks, Wannagain Wannagain. Certes, ce sont de bonnes chansons et la bande de Nic Offer sait toujours trousser des tornades supersoniques qui retournent en moins de deux une salle de concert (Even Judas Have Jesus a Kiss, The Hammer), mais rien d'aussi brutalement jouissif que Heart of Hearts, Bend Over Beethoven ou Intensify. Le groupe a enregistré à Berlin mais semble n'avoir pas tiré grand avantage de l'incroyable énergie de la capitale ; ils avaient beau sortir en club tous les soirs ou presque, Strange Weather, Isn't It? manque d'euphorie, mais surtout de cette folie furieuse dont Nic Offer est si prodigue en live. Pour un groupe qui jusqu'à présent avait été supérieurement brillant, Strange Weather, Isn't It? est un disque en demi-teintes : impossible d'imaginer qu'ils ne pouvaient pas faire mieux.

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Pochette Disque Strange Weather, Isn't It?

» Tracklisting

  1. AM/FM
  2. The Most Certain Sure
  3. Wannagain Wannagain
  4. Jamie, My Intentions Are Bass
  5. Steady As the Sidewalk Cracks
  6. Hollow
  7. Jump Back
  8. Even Judas Gave Jesus A Kiss
  9. The Hammer

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