Les interviews Millefeuille de l'été

#3- Sole & the skyrider band

( interview millefeuille ) - 2010

» Chronique

le 10.08.2010 à 06:00 · par Vincent B.

Durant tout l'été Millefeuille vous propose une interview hebdomadaire, inédite, publiée sur notre site en début de semaine. Afin que ces dernières soient mises en avant, et étant donné le peu de sorties de disques durant les mois de juillet et Août, ces interviews viennent, le temps d'un bel été, s'immiscer au milieu des chroniques actuelles. Pour notre troisième interview estivale, rencontre avec Sole and the skyrider band, lors de leur venue française au festival MO'FO.

Mains d'Oeuvres, à Saint-Ouen, le jour de l'ouverture du festival MO'FO. L'agitation est grande, l'enthousiasme est palpable, dans les couloirs, les groupes à l'affiche du soir se croisent, les loges sont remplies, les balances s'enchainent en continu d'une scène à l'autre. Le lieu à un caractère soudain de fourmilière dévouée à la musique. Dans une salle, nous rencontrons Sole & The Skyrider Band, trois personnes tout aussi calmes, ouvertes et posées lors de la conversation que déchainées et tourbillonnantes sur scène. Sole sortira à la rentrée un Livre album, illustré par l'artiste Ravi Zupa,

Comment avez-vous commencé à travailler ensemble?

Bud Berning: par le biais de Bleubird, un ami mutuel. The skyrider a commencé à travailler avec lui, et Sole est venu et ...

Sole: Bam!

Bud Berning: Il s'est produit comme des étincelles, des feux d'artifices... On a fait une petite tournée ensemble, senti que la chimie était bonne, c'était il y a trois ou quatre ans maintenant, nous avons fait deux albums depuis...

Sole: Boom!

Comment construisez-vous vos chansons? Notamment en comparaison avec les chansons de vos albums solos ?

B.B. : Chaque chanson est une opportunité d'explorer une nouvelle technique. Mais, généralement, nous commençons des beats et nous les envoyons à Tim (Tim Holland, a.k.a. Sole) qui fait des suggestions et rappe dessus. On reprend ensuite le morceau et on l'envoie à un ami multi-instrumentiste, William Ryan Fitch. Il rajoute des instruments acoustiques sur les beats basiques. Ensuite nous reprenons cela, on mixe le tout, on affine les formes et les sons pour arriver au projet fini.

Tim, Prenez-vous part au processus musical? Ou bien vous consacrez- vous uniquement à l'écriture des paroles?

Sole : Cela dépend. Je préfère ne pas prendre part au processus musical; je peux faire des suggestions générales, du type: « on devrait faire un titre qui sonne comme Nirvana! », amener des idées vagues. Cela se produit en fait très naturellement, par le biais de conversation. La chose la plus importante dans le fait d'avoir un groupe, selon moi, c'est de commencer à concevoir un live plus spécifiquement. On envisage alors la scène d'une meilleure manière.

Tournez vous encore en solo?

Sole: Oui, j'ai un set solo acoustique que je joue toujours. J'aime faire les deux, et je compose aussi de la musique de mon côté avec mon ordinateur.

Quelques questions spécifiques sur les beats et les programmes: avec quel matériel travaillez vous?

B.B.: Une mpc 2500 et pro-tools. Nous composons les beats sur mpc, intégralement. Ensuite on les enregistre en multipiste sur Protools, on met toutes sortes d'effets et de processus sonores sur les sons. Pour écrire, nous faisons généralement des jams électroniques d'une heure ou une heure et demie dont nous tirons les meilleurs moments pour arriver à des titres de cinq minutes.

Lorsque vous faites ces jams, incluez-vous le chant?

BB: Non, c'est juste instrumental. Pour le premier album, on a travaillé ensemble dans le garage de Tim. Avec plus d'instruments acoustique, comme un groupe classique.

Sole: On utilise plus d'électronique maintenant. Auparavant nous étions plus organiques. D'une certaine manière on a nettoyé le son.

Quelque genre de musique diriez-vous que vous faites précisément?

S: du RAP

Rap-post rock vous irait bien..

B.B.: Cela fonctionne, c'est difficile pour nous de nous mettre dans une boite, j'espère que c'est également compliqué pour notre public.

Vous concevez-vous comme un groupe ou comme deux entités?

Tous ensemble: On est un groupe. On est des frères.

Pouvez vous nous parler de votre relation avec Anticon, votre nouvel album n'est pas chez eux (Sole a depuis quitté officiellement son label).

Sole: Je travaille de moins en moins avec eux, c'est un choix.

Alias (autre artiste d'Anticon, NDLR) était absent sur Plastique, alors qu'il a fait le mixage du premier album...

Sole: Oui, j'ai trouvé quelqu'un d'autre. Alias est un excellent producteur, pas vraiment un ingénieur du son, pour notre nouvel album on a fait appel à un ami, un très bon ingénieur.

Vous êtes également producteur.

Sole: oui...mais je prends cela comme une partie de plaisir. Je préfère ne pas m'en occuper quand ça devient trop sérieux. Je ne veux pas que la production devienne trop préoccupante. Je préfère que nous laissions d'autre gars stresser pour rendre la musique écoutable...

Qu'en est-t-il de votre part dans la direction artistique du label Anticon? Avez vous encore une participation de ce point de vue?

Sole: non

Vous semblez apprécier un tas de groupe Indie comme Pavement, Godspeed, Thee silver mount zion. La situation est différente en France, ou le rap semble plus circonscrit, peut être moins ouvert à d'autre types de musiques...

Sole: je ne suis pas un rappeur français (rires)

C'était une introduction pour savoir quelle musique vous écoutez le plus et quelle musique vous a poussé à devenir musicien?

Sole: Le rap. Tout ce qu'on écoute pour le moment, c'est essentiellement du gangsta rap. On écoute de tout, dub, folk, rap, mais l'univers à travers lequel je veux conduire mon projet c'est le rap.

Vous semblez vous intéresser à des tas de groupes hip-hop underground.

Sole: J'aime des gens comme Astronautalis, Bleubird, B. Dolan

Mike Ceschi... il y en a des tas. Il y a aussi beaucoup de trucs pourris.

Vous avez commencé en 92. Il y a eu beaucoup de changement en hip-hop depuis 20 ans...

Sole: Les choses ont changé, la technologie a évolué; la manière dont les gens appréhendent la musique également, par le biais de l'échange des morceaux. Mais l'industrie musicale reste concentrée sur l'argent. La technologie permet d'accéder à la musique plus facilement , cela change la manière dont on fait la musique. Avant on pouvait faire un album et rester chez soi sans faire de tournée, et en vivre. Maintenant si je veux vivre de ma musique, je dois sortir plusieurs albums et garder un œil sur mon business, de manière autonome. C'est principalement une bonne chose. La mort de l'industrie musicale est une bonne chose, c'est une industrie assez merdique.

Que pensez-vous justement de la place d'internet dans la manière dont les gens appréhendent la musique?

Sole: C'est un mélange, le net apporte les gens les uns aux autres, ainsi qu'une certaine forme de zapping. Il devient plus difficile d'écouter attentivement un album tant il y a de nouveautés. La musique traverse un changement complètement dingue en ce moment, donc de nouvelles choses vont nécessairement se produire de ce point de vue dans les prochaines années, de nouvelles manières d'atteindre le public... Il me semble que la musique aura plus à voir avec les artistes dans le futur. Il y aura plus d'histoires de musique et moins d'histoires de labels et de majors, les labels vont devoir rester très ouverts... C'est pour cela que je suis devenu indépendant, parce que le modèle économique musical, l'argent gaspillé pour payer tant d'intermédiaires qui ne sont plus nécessaires, ne me convenait pas.

Préférez -vous tourner aux États-Unis ou en Europe?

(Rires généraux) Sole: On adore tourner en Europe, Les conditions sont tellement, tellement préférables...

B.B.: C'est un plaisir ici. Aux États-Unis c'est simplement une tournée.

Sole: En Europe tu as deux heures au lieu de quatre entre les villes importantes, tu es nourri quand tu tourne, ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis.

B.B: ils ne sont même pas heureux de nous voir aux USA. Ma mère s'est fait cracher dessus par un videur à New York à la Knitting Factory. Cela n'arriverait jamais ici, non?

Sole: On a des videurs horribles, des mecs ignobles, trop paresseux pour être flics, et ils restent devant le club, à emmerder les types qu'ils n aiment pas.

B.B: Tim s est fait virer d'un de ses shows à la Knitting Factory, une autre fois...

Sole: oui, on a un problème avec ce lieu... En plus c'est drôle pour nous, l'Europe, c'est comme Grand Theft Auto (Le jeu vidéo, NDLR), il y a des petites ruelles inquiétantes en Italie, en Slovénie (rires).

Où avez-vous le meilleur public?

Sole: Nos plus grands concerts sont dans des places comme L.A. ou Denver; des endroit où il y a des universités, mais tout là bas est tellement étendu, éclaté. Tandis qu'en France on a le sentiment qu'on pourrait jouer dans vingt villes et que tous les concerts seraient incroyables.

B.B. Des fois on a l'impression que les jeunes comprennent mieux le message de Tim ici qu'en Europe. Même si ils ne comprennent pas forcément l'anglais, c'est étonnant...

Justement, par rapport aux paroles, est-ce que pour vous les textes viennent avant la musique?

Sole:

Les deux sont importants. Quand on tourne en Europe avec un groupe, faire une mélodie plaisante est une chose importante,dans la mesure où seule une moitié de l'audience est apte à comprendre les textes.

J'ai lu que vous avez habité dans les bois?

Sole: Oui, pendant deux ans, pendant l'écriture de Plastique. Je n'avais pas de téléphone, juste internet. J'allais me baigner. Je n'avais rien à faire d'autre que de la musique, j'essayais de faire du vin, c'était fantastique. Courir dans les bois avec mes chiens...

Vous avez fait une très belle vidéo d'animation pour le titre Battlefields. Quelle est votre implication dans cet aspect visuel?

Sole: La personne qui a fait cette vidéo avec moi est un très bon ami, basé à Denver, Ravi Zupa. On a passé beaucoup de temps ensemble, à parler de cela. On a fait une sorte de brainstorming sur des idées, des marionnettes L'idée d'être dans un tank, de balancer de l'argent par les fenêtres, sont nées au cours de ces conversations. Il a créé les marionnettes, je les ai animé. Ravi a également fait une vidéo pour le titre Stupid things implode on themselves sur notre premier album, cette vidéo est géniale.

Vous avez fait des vidéos sur soleone.org appelé Liferite (le site milite en faveur d'une décroissance radicale de la population mondiale, NDLR). Il est difficile de savoir de quoi il s'agit, le sujet semble extrémiste et ambigu; sur un site vous dites notamment que vous ne comprenez pas que les gens prennent Liferite au sérieux.

Sole (Il éclate de rire): C'est une blague mec, c'est juste une blague... OK il y a trop de gens dans le monde. Mais quand on parle de tuer les sans domiciles fixes, on rigole évidemment ! On a fait un faux twitter, ensuite Pedestrian a créé un groupe contre Liferite pour exposer leur corruption.

Pourquoi l'album s'appelle Plastique?

Sole: Tout est fait en plastique. C'est un matériau qui convient au côté factice du monde dans lequel nous vivons. C'est pourquoi nous avons comme couverture d'album une sorte d'image post moderne, une vue tronquée sur la réalité. Plastique est un mot positif et négatif et cela sonne multiculturel, on sonne très d'avant garde avec un nom français (rires).

Vous avez écrit un titre qui s'appelle « Mon président » . Que pensez vous de la situation politique aux États-Unis, plus d'un an après l'élection d'Obama?

Sole: Je pense que les choses sont encore pires, les américains ont perdu des droits. Il y a plus de monde en Irak et en Afghanistan, on a envoyé des troupes à Haïti avant d'envoyer de la nourriture, on occupe Haïti, on n'aide pas les gens, on laisse faire les banques, on est au Yémen maintenant. Obama garde la pleine vitesse de l empire, c'est tout à fait incroyable. Ted Keneddy meurt et se fait remplacé par un républicain, c'est comme un drame Shakespearien.

Est-ce que cette opinion est partagée aux USA?

Sole: Oui assez, en tout cas par les gens qui font attention à ce qui se passe. Les gens en Europe aiment beaucoup plus Obama que nous l'aimons maintenant. Il est une véritable tragédie pour nous, Il peut encore changer, mais il ne semble plus en avoir le cœur.

B.B: Nous avions de si grands espoirs...il ne mérite clairement pas son prix Nobel de la paix.

Sole: Barack hHssein Obama est notre président et symboliquement c est positif, parce qu'il est noir. Mais pour le reste, rien n'a changé, la question reste la même dans ce pays. Avec qui vous voulez que l'on vous vende Coca-Cola? Jane Fonda ou Vin Diesel ? On en est toujours là... Je ne sais pas qui on a maintenant... Jane Fonda?

Photos: Julien Bullat

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