Les interviews Millefeuille de l'été

#2- Shannon Wright

( interview millefeuille ) - 2010

» Chronique

le 02.08.2010 à 06:00 · par Vincent B.

Durant tout l'été Millefeuille vous propose une interview hebdomadaire, inédite, publiée sur notre site en début de semaine. Afin que ces dernières soient mises en avant, et étant donné le peu de sorties de disques durant les mois de juillet et Août, ces interviews viennent, le temps d'un bel été, s'immiscer au milieu des chroniques actuelles. Cette semaine, pour notre deuxième interview estivale, millefeuille s'entretient avec Shannon Wright, dont un nouvel album est prévu pour l'automne, ainsi qu'une tournée européenne.

Un hôtel, un jour de grande chaleur parisienne, rue de Charonne. A l'arrière de cet hôtel, une petite cour, quelques tables, beaucoup de verdure, et Shannon, qui attend. Fatiguée par le décalage horaire, timide dans un premier temps, méfiante aussi, quelque peu. Au fur et à mesure de l'entretien, une forme de confiance s'installe, et les réponses se font plus détaillées, et la conversation plus ouverte.

Notre première question concerne le nom de votre dernier album, Honey Bee Girls. Pouvez vous nous expliquer ce titre?

On peut y lire plusieurs significations. L'idée d'ensemble concerne la question féminine. C'est une forme de constat sur les choses telles qu'elles sont, évoquant en négatif cette idée sur l'évolution de la femme. A l'heure actuelle, les femmes auraient du évoluer, à mon sens, en terme de forces individuelles.

Pourquoi Honey Bee?

Parce que cela évoque une forme de douceur, un côté sucré.

Vous avez l'an dernier tourné à plusieurs reprises en France, notamment une tournée particulièrement longue, d'une vingtaine de dates. Pourquoi cet attachement à la France?

Parce que j'aime tourner ici, j'aime le public. C'est un pays dont j'apprécie l'ambiance.

Parlons de votre dernier album... Il y a une très grande différence entre la production de cet Opus et celle des albums précédents. Pour la première fois on entend une introduction de sons électroniques.

J'ai simplement essayé des choses différentes. Il ne faut pas y voir un concept, ou quelque chose de plus significatif que cela n'est. A chaque nouvel album, j'utilise tous les matériaux qui me viennent, en essayant d'être la plus naturelle possible. J'expérimente des choses. Cette fois l'une des idées était de remplacer une partie des batteries par des sons électroniques.

Il y a également la manière dont les voix sont enregistrées, on sent plus d'espace et de réverbération sur cet album que sur les précédents, qui sont plus..

Secs, c'est vrai.

Est ce pour une raison spéciale?

Oui. Auparavant j'étais plus hésitante sur les parties vocales. Je ne m'étais jamais envisagé comme chanteuse. Maintenant, je conçois cela différemment et j'essaye des choses différentes en conséquence.

Comment travaillez vous? Est-ce que le processus d'écriture à lieu en studio, envisagez vous la production et les arrangements en dehors de l'écriture même des morceaux?

Quand je suis en studio, il y a évidemment une multitude d'idées qui me viennent comme un flot. Je compose seule, ensuite vient la batterie. Pour le reste je joue toute les autres parties.

On sent un sentiment de rage ou de hargne, très présent sur vos premiers albums, qui semble s'être atténué sur votre dernier opus.

Beaucoup de gens pensent cela. Pour moi il ne s'agit ni de haine ou de hargne. J'étais très émotive, j'essayais de trouver des réponses au monde, aux choses. Les gens ont tendance à dire qu'il s'agit de haine parce que je suis une femme. Si une femme est agressive, il s'agit de haine, et ce n'est pas le cas pour un homme. Donc je ne vois pas pourquoi ce serait le cas pour moi.

Vos derniers albums sont tout de même plus calmes que les précédents. Depuis Let In the Light, on ressent une forme de paix, de sérénité, à l'écoute, comme si vous cherchiez à calmer l'auditeur.

En fait, trois de mes amis proches sont décédés récemment. A cause de cela, j'ai éprouvé une énorme tristesse. Il est possible que l'album soit plus calme en conséquence. Comme la résultante d'un questionnement sur la vie... Qu'est-ce que cela signifie? Chercher des réponses, penser aux gens, à se dire que la vie ne semble être qu'un rêve. Vraiment. C'est comme si la vie n'existait même pas.

Vous finissez votre album par une reprise des Smiths, Asleep.

Oui, j'ai toujours aimé ce groupe. Ils étaient très important quand j'ai grandi, leur écriture, tant musicale qu'en termes de paroles, est très belle, très touchante, et il y a cette voix incroyable.

Quel type de musique écoutez vous en ce moment?

J'écoute beaucoup de vieux classiques, comme Led Zeppelin

Vous avez collaboré avec Yann Tiersen. Comment en êtes-vous venus à travailler avec lui ?

Cela a commencé lors d'une tournée en France. Quelqu'un m'a gravé un de ses disques, et j'ai écouté l'album pendant toute la tournée. J'avais une sorte de rapport d'identification assez intense avec sa musique. Un ami m'a alors dit qu'il le connaissait, et il s'avérait que Yann était fan de ma musique. Mon ami a donc suggéré que nous nous rencontrions, ce qu'on a fait. On a passé du temps ensemble, à discuter, à écouter de la musique, et on s'est rendu compte que nous avions beaucoup en commun. On a donc évoqué l'idée de faire de la musique ensemble, voir si nous pouvions écrire quelque titres, dans un premier temps de manière assez désinvolte. Très rapidement nous avons senti qu'il y avait une très grande confiance mutuelle, instinctive, et nous sommes devenus très vites amis. Cela est très important pour moi musicalement. Nous avons ensuite écrit des titres dans son studio personnel, et nous avons enregistré pendant une semaine. C'était une très belle expérience. Nous avons également donné quelques concerts en commun.

Vous avez également collaboré avec Rachel's.

Ce sont de très anciens amis. Ils se sont adressés du coup à moi très naturellement, me disant «On a besoin de piano.» J'ai chanté finalement, c'est la seule voix qu'ils ont de tous leurs enregistrements, alors je suis évidemment très honorée que ce soit la mienne.

Comment était ce de travailler avec Andy Baker après avoir travaillé avec Steve Albini?

Je n'ai travaillé qu'avec Andy et Steve comme producteurs. Pour les deux premiers albums, je pouvais faire quatre titres avec Steve, quand j'étais à Chicago, et avec Andy le reste des titres. Steve n'a pas enregistré Honey Bee Girls. Les choses se passent très bien avec les deux. Avec Andy, c'est très chouette. On est généralement seulement lui et moi à travailler, c'est une très bonne ambiance.

Travailler avec Albini doit aussi être une belle expérience...

Oui, oui, c'est si facile, nous avons une très bonne connexion. Nous avons les mêmes idées. C'est très chouette. Ce qu'il y a de génial quand je travaille avec Steve Albini, c'est qu'il sait que j'ai mes idées précises, en terme de sonorité, et qu'il fait en sorte que ces idées se réalisent. Si je dis que je veux que telle ou telle chose sonne comme ça, il me dira : OK. Alors on fait comme ça, au lieu de m'expliquer un tas de trucs me disant que c'est compliqué. Il veut vraiment que je sois heureuse avec le résultat. C'est génial de travailler avec lui. Il n'est pas vraiment producteur, pas plus qu'Andy. Sur Maps of Tacit et Dyed In The Wool, les deux ont travaillé ensemble.

Vous êtes amis avec Low, dont la musique a changé également.

Oui, ils disent que c'est à cause de moi que leur musique a changé! Nous avons tourné en même temps. Ils ont essayé quelque chose de différent. Je pense qu'il est normal d'essayer de changer, de grandir, après avoir fait tant d'albums. Il y a quelque chose qui ne va pas si vous ne pouvez pas tirer une connaissance des albums réalisés, vous ne prenez plus de plaisir dans ce cas là.

Votre manière de changer a été assez différente de pas mal de groupes qui peuvent prendre un virage plus commercial, ou plus pop.

Comme je l'ai dit, cela dépend du moment, les deux premiers titres donnent pour moi le ton d'un album, et les titres viennent ensuite les uns âpres les autres. Si vous écoutez Over the Sun par exemple, c'est une période dans le temps qui est enregistré, comme cela. Et je pense qu'il en va de même avec tous mes albums.

Mais dans votre cas on sent un premier bloc d'albums, et un second qui se dessine depuis Let In The Light et qui se confirme sur Honey Bee Girls.

Je pense que je suis ces deux blocs dont vous parlez, il y a deux faces, un contraste entre les deux. Alors je suis le contraste en question, et je l'assume comme tel.

Photo: press kit/Vicious circle

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