Rome Buyce Night

Ann Arbor

( Zéro Egal Petit Intérieur ) - 2010

Rome Buyce Night est devenu quartet.

» Chronique

le 20.07.2010 à 06:00 · par Mathias K.

Ann Arbor marque un tournant dans la discographie de Rome Buyce Night, en plus de constituer un incontestable point d’orgue. Plusieurs raisons à cela : le départ du guitariste Antoine Ducoin vers le Michigan (dans la ville d’Ann Arbor, donc) et l’arrivée de Jérôme Orsoni, qui tient également la guitare. Le trio devient donc un quartet et enregistre tout le matériel de cet album en quelques mois, avant l’envol d’Antoine Ducoin vers le sol américain. Guillaume Collet et Romain Piégay continuent d'œuvrer respectivement à la basse et à la batterie.

Ann Arbor est donc un disque enregistré dans l’urgence. Ca s’entend. Le son est direct, agressif. C’est – osons un néologisme – brutiste : d’un bruitisme brut. Bruitiste, Rome Buyce Night l’était déjà : le diptyque Matricule/Micro Sainte paru l’an dernier nous en avait convaincu. Mais dans Ann Arbor, ce n’est pas tant à un bruit longuement travaillé en couches atmosphériques (même si celles-ci sont encore là) que nous avons à faire : c’est à un son direct, qui vrille les tympans et claque. Jamais la musique de Rome Buyce Night n’a été aussi directe, percutante. C’est donc brutiste. Comme disait Iggy Pop (natif d’Ann Arbor !) pour qualifier Raw Power : « tout est dans le rouge ».

Ce n’est pas un disque frustre pour autant. Un travail patient de recomposition des improvisations, de sélection des motifs, de superposition des couches sonores est effectué tout au long de l’album : c’est ce qui lui donne sa dynamique, son équilibre entre improvisation tranchante et patience retirée de l’écriture. Surtout, ce travail fait rythme : il enchaîne adéquatement ce qui doit logiquement s’enchaîner : il permet de laisser la musique dicter ses exigences aux musiciens : par exemple, en faisant intervenir cette guitare vrombissant en crescendo au dessus d’arpèges cristallins, dans The Foam Theater, ou en faisant dialoguer l’accord initial, martelé à la guitare sur fond de batterie qui cogne, de The Multiple Scale(s) of Rock, avec une couche épaisse et réverbérée issue d’une seconde guitare, en faisant hurler un larsens avant un break et une relance de la batterie. Ann Arbor regorge de mille et uns détails de ce genre, qui appellent encore et toujours à le réécouter. Ce travail de post-production fait rythme, donc, au sens où, par lui, les différents éléments de ces compositions se potentialisent et, comme dirait l'autre, "s'allument de reflets réciproques".

S'il est direct et puissant, Ann Arbor reste donc complexe et assemblé selon un ensemble de procédés, de choix esthétiques variés et cohérents. Sons atmosphériques d’origine incertaine (The Unit Scale of Rock), ostinati de basse et de guitare enchevêtrés indéfectiblement, accords cristallins qui déchirent comme de larges aérations la masse épaisse du son, des passes bruitistes de la part des deux guitaristes, une batterie volontiers polymorphe, tantôt mono-, tantôt polyrythmique, une voix disant un texte de Beckett (A Piece of Monologue/Solo, sur Deux millions et demi de secondes) et qui creuse la musique d’une perspective vocale troublante, et l’affolement mystique des larsens. De ce chaos renversant s’extrait alors une courte ballade folkisante qui donne son nom au disque, où s’invitent chant et flûte. Un moment de paix profonde, avant de relancer le chaos sonore pour un tour.

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Pochette Disque Ann Arbor

» Tracklisting

  1. The Red Diag
  2. The Unit Scale of Rock
  3. The Foam Theater
  4. The Multiple Scale(s) of Rock
  5. Deux millions et demi de secondes
  6. Ann Arbor

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