Tomáš Dvorák

Machinarium Soundtrack

( Minority Records ) - 2010

» Chronique

le 30.04.2010 à 06:00 · par Rémi Q.

Ici, il sera question d'un jeu vidéo. Pas vraiment ma tasse de thé, à priori, pas non plus celle des lecteurs de Millefeuille, j'imagine. Mais si je choisis, exceptionnellement, de parler d'une bande originale de jeu vidéo, c'est qu'elle m'a paru si réussie en elle-même qu'elle se passe facilement des images. Elle apparaît même comme un album d'électronica des plus réussis et singuliers, parmi tous ceux que j'ai écouté ces derniers temps.

Mais tout d'abord, quelques mots sur Machinarium. Créé par la société tchèque indépendante Amanita, il s'agit d'un somptueux jeu de « point and click » où le joueur incarne un fragile robot parti à la recherche de sa petite amie robot retenue captive dans une sorte de Métropolis habitée par les machines (même les chats et les oiseaux sont des robots). Pour avancer, le joueur devra résoudre des casse-tête très divers, ingénieux, parfois hilarants (comment faire enrager un ventilateur qui se prend pour le Sphinx, par exemple), et surtout incroyablement poétiques. Au fur et à mesure de notre avancée dans la ville, on découvrira des tableaux (oui des vrais, dessinés à la main), d'une richesse impressionnante, représentant un univers rétro-futuriste d'une grande douceur et très cohérent.

La musique accompagne chaque tableau, et comme il est possible de rester bloqué pendant quelques heures, le même morceau tourne en boucle, ce qui pourrait s'avérer lassant...

Tomáš Dvorák a eu l'intelligence de composer des morceaux peu envahissants, proche de l'ambient. La bande-originale écoutée seule révèle pourtant une recherche sonore qui s'accommode d'un grand nombre d'écoutes. Les personnes connaissant Plaid et qui ont joué au jeu ont dû beaucoup penser au duo de Sheffield, car on retrouve les mêmes sonorités sombres et délicates, fragiles comme du verre ou profondes comme l'eau, animées par un esprit de déconstruction discret qui n'oublie jamais la mélodie limpide et mélancolique. Tomáš Dvorák va même jusqu'à leur faire un clin d'oeil en intitulant un titre Prague Radio, renvoyant au morceau du même titre de Plaid sorti sur le magnifique album de 1998 Not For Threes. Mais le jeune tchèque construit une śuvre très personnelle qui s'inspire également du jazz et des musiques de l'Est par éléments infimes, colorant ce disque d'une atmosphère singulière, entre classicisme et modernité, passé et futur. A l'image du très beau et cinématique Clockwise Operetta, où une voix cheap de robot, semblant composée sur un ordinateur du début des années 80, vient se poser en douceur sur un arrangement complètement antagoniste, qui semble emprunté aux vieilles chansons populaires du nord de l'Europe. Impressions vagues et intenses : piano et clarinette noyées dans le spleen, réminiscences de l'Europe de l'Est avant la chute du Mur, terrains vagues, ateliers, circuits éventrés, ciel, nuage, inventions électroniques fauchées.

La musique de Tomáš Dvorák peut se faire également entraînante, avec Gameboy Tune ou la superbe piste Mr Handagote, qui pour peu qu'on se laisse prendre, nous emportera dans un tourbillon de sons cristallins. Elle peut se faire aussi plus expérimentale (The Elevator), mais toujours éthérée et onirique.

Le musicien travaille le son tel un orfèvre, confrontant des saturations semblant sorties de pauvres jouets électroniques abandonnés à des sonorités électronica très fines mêlées de cordes et de vents, sur la clarté et la pénombre, l'innocence et l'angoisse... Et parvient à susciter la nostalgie d'un futur imaginé dans l'enfance, à moitié vécu.

Hélas, le disque n'est pas vraiment disponible en version physique puisqu'il accompagnait en 2009 l'achat du jeu en téléchargement, mais nous sommes en avril 2010 et une très belle version vinyle a récemment été éditée chez Minority Records, en édition limitée.

Retour haut de page

Pochette Disque Machinarium Soundtrack

» Tracklisting

  1. The Bottom
  2. The Sea
  3. Clockwise Operetta
  4. Nanorobot Tune
  5. The Mezzanine
  6. Mr Handagote
  7. Gameboy Tune
  8. The Furnace
  9. The Black Cap Brotherhood Theme
  10. The Prison
  11. The Glasshouse with Butterfly
  12. The Castle
  13. The Elevator
  14. The End (Prague Radio)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise ŕ autorisation. Contacts. En continu.