Every Man Has Your Voice

Scissors To Your Memories

( BS records ) - 2010

» Chronique

le 09.04.2010 à 06:00 · par Vincent B.

On rentre très progressivement dans les doigts d'un singe : l'introduction de cet EP prend la forme d'une lente éclosion. Gestation d'une mélodie dans un trémolo de larsens, d'accords brouillés ponctués de gémissements de cordes. De ce limon surgit, calmement, une mélodie arpégée, puis les accords d'un ukulélé, joués avec une dextérité animale, tremblante. Monkey Fingers. La voix de Christophe Lhuillier, une fois de plus, nous attrape. La cartographie stylistique est brouillée chez Every Man Has Your Voice. La production est plus avancée, plus subtile que sur leur très bon EP éponyme. On ne saurait précisément dépeindre le lieu ou l'on se trouve. Un doux brouillard nous agrippe. Il y a quelque chose de marin, incontestablement dans cet EP.

Scissors To Your Memories est l'un de ces beaux disques, qui vous donnent des envies. Envie de foutre le camp, sur un coup de tête, au creux d'une barque. Dans la dépression d'une vague, du brouillard plein la tête. Les yeux écarquillés, figés sur l'éclat d'une bonne vieille mélodie. L'harmonium ajoute à la connotation nautique, en particulier sur Go There, Be There. Every Man, souvent catalogué folk, se situe au delà du questionnement sur le type de musique (post rock-folk teinté de post folk aux accents flamenco, feu d'artifice acoustique, allez mettre les noms que vous voulez sur les teintes et les sons, finalement).

On serait tenté de les comparer à Herman Melville ou à Joseph Conrad plus facilement qu'à pas mal de groupes. Des marins américains. Des français qui chantent. La nostalgie que génère un horizon contemplé. Les vagues sont ici mélodiques, les dissonances soigneusement arrangées laissent présager un rouleau. Les cervicales dodelinent à l'écoute, la mélodie résiste au tangage, et se laisse emporter, noyant le public sous sa force poétique. Ivresse fantastique, sur Helmet On Fire. On songe, au We're No Here, de Mogwai, lors de l'entrée fracassante des guitares. Une forme d'exil, fracassant, lumineux, se fait jour, nous invite au laisser-aller .

L'EP, déjà, se termine, par la très belle mélodie d'Unknown Friends. Outre la splendide voix de son chanteur, c'est sur la solidité des mélodies que repose la force d'Every Man Has Your Voice. De ces mélodies qui vous restent dans le crâne, qui vous reviennent facilement à l'esprit. On se retrouve à chantonner « Melody, that same old melody... » à Réaumur-Sébastopol, faute d'être embarqué sur la manche, la Baltique ou la Mer Noire. La durée de l'album, celle d'un E.P. En frustrera plus d'un. On entend déjà résonner les plaintes des fanatiques du Long playing, attendant un premier album de douze titres d'Every Man Has Your Voice. Pourtant, le format plus court de cet EP, comme celui du précédent, sied parfaitement à leur musique, lui conférant un caractère précieux, nous invitant à y retourner, à explorer les strates de ces compositions, livrées dans un écrin exigu, à la fois soigné et doux, allant à l'essentiel. Une miniature majeure.

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Pochette Disque Scissors To Your Memories

» Tracklisting

  1. Monkey Fingers
  2. Gold Fish
  3. Go There, Be There
  4. Puppet Man
  5. Helmet On Fire
  6. Unknown Friends

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