The Album Leaf

A Chorus of Storytellers

( Sub Pop ) - 2010

» Chronique

le 26.03.2010 à 06:00 · par Rémi Q.

Les lecteurs désireux d'avoir ici un avis éclairé sur The Album Leaf seront déçus, car cette chronique sera juste le témoignage d'une découverte. J'avais beaucoup entendu parler du groupe de Jimmy Lavalle et notamment de son album phare In a Safe Place, mais l'envie d'écouter plus en détails ne m'était pas venue. La place était largement occupée par Múm et Sigur Rós, ce groupe américain n'aurait pas apporté pour moi d'autres nuances à cet univers nordique épanoui qui habitait mon imaginaire.

Les années ont passé, et une bonne part de moi même s'est détournée des pôles. Par une lumineuse journée de janvier toute blanche éveillant une certaine nostalgie, me sentant à nouveau d'humeur « perroquet qui s'ennuie de ses fjords », je me plonge enfin dans ce nouvel album, prétexte à la découverte tardive du groupe. Et clairement, même si je soupçonne The Album Leaf de ne prendre aucun risque, et en plus de chercher la séduction immédiate avec son électro-post-pop moelleuse, je suis peut être resté un peu naïf (« peut-être » et « un peu », façon de parler), car je suis encore totalement sous le charme. Ce jour là, le disque prolongeait l'odeur de la neige dans laquelle je venais de nager, un autre jour il a réussi à faire exploser des feux d'artifices à au moins huit kilomètres du sol.

Tâchons d'être un peu objectif, même si par avance je sais que c'est impossible. C'est le grand paradoxe du chroniqueur : chercher quelque chose inlassablement tout en sachant qu'il n'y arrivera jamais (il est un peu bête le chroniqueur, il aime bien pédaler dans les contradictions insolubles). Manière de me donner une raison pour continuer à écrire cette chronique déjà pas bien barrée (ou trop, je ne sais plus), je me dis que l'objectivité est loin d'être la perfection, sinon autant se transformer en horloge parlante, peut-être la chose la plus objective que je connaisse.

C'est donc personnellement et avec toute la subjectivité dont je suis capable que je dirais que cet album est un modèle d'équilibre exalté. Il suffit que j'écoute la bien nommée There is a Wind, chanson en forme d'aller simple au paradis, entremêlant avec un confondant sens du beau batterie ample et programmations clinquantes et fragiles comme du verre, le tout surmonté de claviers élégiaques, de melodica, des guitares spacieuses et de la douce et impériale voix de Lavalle... Tout est à un cheveu de la sensiblerie, à un poil de la grandiloquence, mais tout marche. Rare sont les disques qui parviennent à diffuser une lumière si réconfortante, lumière orangée de fin de journée froide. Les montées instrumentales embrassent les nuages et contemplent la nuit. Qu'il s'agisse de morceaux calmes sans voix (y compris la mienne), ou de morceaux chantés totalement habités par une obsession à la fois de ressourcement et de fuite en avant (ce qui semble être la même chose), ce disque parvient à toucher son but : m'émouvoir profondément.

Certains pourront trouver certains arrangements électroniques superficiels, la production bien trop sage et léchée (comme sur les précédents du groupe paraît-il), mais ceux-ci permettent d'atteindre un état de grâce mélodique, une intense ligne claire, où, pendant une quarantaine de minutes, les pieds ne touchent presque plus terre.

Et si, finalement, A Chorus of Storytellers visait à toucher la sensibilité de chacun, portait cela bien plus qu'en germe ? The Album Leaf cherche à séduire, et, perdu dans les nuages, j'observe en bas le vent dessiner des vagues ou des dessins abstraits dans les immenses champs de blé. Je n'ai, bien sûr, aucun reproche à faire. A défaut d'y percevoir un dessein clair, ce qu'il fait me paraît juste.

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Pochette Disque A Chorus of Storytellers

» Tracklisting

  1. Perro
  2. Blank Pages
  3. There is a Wind
  4. Within Dreams
  5. Falling From the Sun
  6. Stand Still
  7. Summer Frog
  8. Until the Last
  9. We Are
  10. Almost There
  11. Tied Knots

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