Arms and Sleepers

Matador

( Expect Candy ) - 2009

Pop électronique somnambule

» Chronique

le 15.03.2010 à 06:00 · par Rémi Q.

Après un nombre conséquent d'enregistrements basés sur les samples et la programmation, le discret duo américain Arms & Sleepers s'est entouré de voix et de musiciens pour sortir leur deuxième album, dont notamment Ben Sheppard d'Uzi And Ari. Le résultat, d'une délicatesse infinie, aurait dû normalement attiser les éloges de la critique et l'intérêt de tous les amateurs de pop électronique à tendance trip-hop. Deux bons mois après sa sortie, le disque reste confidentiel. Pourtant un très grand album mélancolique et hivernal est sorti, un disque extrêmement fini, de l'introduction Orly, hommage probable à « La Jetée » de Chris Marker, à l'explosion finale, The Paramour, à faire pâlir Alpha.

Par flemme peut être, nous nous contentons souvent d'apprécier un groupe pour ses -bons- goûts. Sincèrement, la première satisfaction, à l'écoute de Matador, a été d'y retrouver clairement une bonne partie des groupes que j'aimais : The Architekt rappelant Múm, Helvetica rappelant Mogwai, Simone rapellant Merz, le mélodica de Kino rappelant étrangement Berg Sans Nipple etc... La liste est non-exhaustive.

Mais bien sûr, malgré les quelques maladresses du morceau-titre Matador, Arms & Sleepers ne plagie jamais. Avec une fragilité confondante, ces méconnus artisans du son réalisent un petit bijou éthéré, somnambule, qui provoque régulièrement des frissons dans l'échine, sans chercher la complication. Les deux voix qui s'entrecroisent à la fin de The Arkitect sont à briser le cœur. Après une partie à deux voix masculin-féminin d'un touchant romantisme, Twentynine Palms explose dans le cerveau tel un tsunami de papillons de nuit. Puis, ce court instrumental jazz The International vient évoquer les heures tardives, celles où une simple fatigue peut nous plonger dans le plus total sentiment d'irréalité.

Cet album est aussi cinématique, voire carrément cinéphile (Twentine Palms est aussi un film de Bruno Dumont). Il évoque un road-movie vers d'immenses contrées gelées, où le jour ne se lève jamais complètement. La production, impressionnante de subtilité et de clarté, laisse errer quelques sons fantomatiques parmi ces douces et denses ballades où l'électronique simple et pointue s'enchevêtre avec des pianos errants, des trompettes, des voix naïves, des guitares naïves. Les compositions ressemblent à des berceuses en scope, et n'ont finalement rien à envier à personne... Je conseille vivement Matador, quintessence humble de pop électronique, aux grands rêveurs, qui devraient largement y trouver matière à partir très loin, sans certitude de retour...

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Pochette Disque Matador

» Tracklisting

  1. Orly
  2. Matador
  3. The Architekt
  4. Twentynine Palms
  5. Helvetica
  6. The International
  7. Simone
  8. Kino
  9. Words Are For Sleeping
  10. The Paramour
  11. L-Orrizont (Europe CD version bonus track)

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