Owen Pallett

Heartland

( Domino / Pias ) - 2010

Fantaisie finale

» Chronique

le 03.03.2010 à 06:00 · par Vincent B.

Owen Pallett est un bon, un très bon arrangeur. Il a cette faculté, assez difficile, d'arriver à empiler les couches d'instruments sans que l'on crie à l'indigestion. Il a aussi, à n'en pas douter, des mains fines de pianiste, une certaine notion de la juste mesure, et on ne s'étonnerait pas à l'idée qu'il ait pu faire d'interminables recherches sur le nombre d'or.

Or, le propre d'un arrangement, c'est d'épouser une logique dont l'accomplissement tend à être ordonné. On ne peut pas attendre d'un parfait arrangement qu'il vienne perturber, ou tout simplement déranger son auditeur.

L'album s'intitule Heartland. Titre assez mal venu, en un sens. Brainland semblerait plus approprié. Mais le cœur peut être froid. L'opus a d'ailleurs été enregistré en Islande. Terre propice aux arrangements léchés, comme si les étendues désertiques facilitaient les vues de l'esprit. Comme si elles favorisaient la gestation de visions d'ensemble, d'appréhension d'un objet dans sa globalité. Comme si l'espace géographique devait avoir pour résultante l'espace sonore, ici incarné par l'usage ad nauseam de la reverb.

Heartland est un objet, un bel objet. Décoratif. Une variété de pierre volcanique, non pas laissée à l'état brut, mais polie, lissée, à l'extrême. Posée sur la plaque de marbre d'une étagère imposante. Il y a des objets décoratifs dont la splendeur donne la chair de poule. Mais la mesure ne donne pas de frissons. La reverb non plus d'ailleurs. Tout flotte ici, rien ne tranche. Musique pour un ascenseur sous marin qui part dans tous les sens. Ce qui manque cruellement à cet opus, ce sont les contrastes. Les instruments et les voix, aussi multiples qu'ils soient, résonnent avec la même couleur, pâle, et on s'ennuie. C'est probablement la peur de l'indigestion sonore qui conduit Owen Pallett à cette fadeur. Tout est ici très, beaucoup trop professionnel. Les petits bruits électroniques sont traités pour glisser avec le reste des sons, aspirés par un même flot. Comme un dérivé morphinique, plutôt dosé pour calmer les maux d'articulations que pour clouer son usager au sol, ce que tentait de faire Sigur Rós, par exemple.

Owen Pallett est peut être aux années 2010 ce que Jay-Jay Johanson était aux années 2000. Un joli cadeau de fête des mères.

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Pochette Disque Heartland

» Tracklisting

  1. Midnight Directives
  2. Keep The Dog Quiet
  3. Mount Alpentine
  4. Red Sun No. 5
  5. Lewis Takes Action
  6. The Great Elsewhere
  7. Oh Heartland, Up Yours!
  8. Lewis Takes Off His Shirt
  9. Flare Gun
  10. E Is for Estranged
  11. Tryst With Mephistopheles
  12. What Do You Think Will Happen Now?

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