David Grubbs

Hybrid Song Box. 4

( Blue Chopsticks ) - 2009

» Chronique

le 31.03.2010 à 06:00 · par Gaël P.

L'unique pièce de cet album de David Grubbs, longue de vingt-six minutes, est le résultat d'une collaboration avec l'artiste contemporaine Angela Bulloch, lors de son exposition au Guggenheim en 2008. C'est la seconde fois que les deux artistes se sollicitent mutuellement pour un projet. En 2004, Grubbs avait déjà sorti un disque inspiré du travail de Bulloch intitulé sobrement Two Soundtracks For Angela Bulloch, et c'est d'ailleurs une habitude pour le new-yorkais que de travailler avec des plasticiens (on songe également à sa composition pour Anthony Mc Call). Malheureusement, aucun complément visuel n'est fourni avec l'album, ce qui limite fortement - cela se ressent à l'écoute - notre perception du travail effectué en commun. Prenons donc, puisque nous n'avons pas vraiment le choix, cette nouvelle livraison comme un travail personnel de Grubbs.

Divisée en trois parties bien distinctes et presque symétriques (la dernière partie étant un peu plus longue que les deux premières), la composition se situe dans une perspective cyclique et répétitive puisque chaque nouvelle partie reprend la première avec de légères modifications, des sonorités plus divergentes. Au début, c'est la guitare électrique solitaire - ressemblant parfois à ce qu'on a pu entendre chez Loren Mazzacane Connors - qui serpente par de petites nervosités, par des changements brusques et qui, au bout d'un moment, va se faire plus dense dans la texture, plus sale et vrombissante. Aussi, dans un même temps, les sonorités de la guitare oscillent entre un son charnu et un son aigu, ce qui intensifie la complexité de ce premier stade. Un synthétiseur prend alors le relais de l'ultime note de la guitare. Le plus intéressant dans ce passage d'un instrument à l'autre est le léger décalage qu'il produit, comme une absence, un trou. Le synthétiseur débute dans un son presque inaudible, qu'on distingue fort mal. Là-dessus Grubbs réussit un jeu sur l'espace qui fait son effet. Le rapprochement du son est mis en place dans une progression constante qui laisse à l'auditeur la possibilité d'observer l'évolution, la complète mutation du dispositif, son remplissage de l'espace sonore, d'autant plus que ce qui il y a eu avant était de l'ordre du fuyant.

Le passage à la deuxième et à la troisième partie annulent la logique de la continuité puisqu'on retrouve la guitare de départ mais avec des nuances à chaque fois. Elle prend à chaque nouveau retour une charge sonore plus fouillée, une dimension nettement plus profonde, comme si elle abandonnait les différents états par lesquels elle était passée. L'aigu se fait beaucoup moins clair, par exemple, semble se soustraire au caractère sale environnant. Et bien que pour un auditeur distrait il ne semble avoir de changements entre les trois parties, puisque on ne peut parler en vérité que de micro-changements, la composition évolue véritablement sous ce masque apparent d'immuabilité.

Même si l'album semble s'inscrire dans la discographie expérimentale et moins académique de David Grubbs, il y a un lien de parenté évident avec An Optimist Notes The Dusk tant par l'artwork de la pochette qui reprend le même chromatisme, que par certaines sonorités qui évoquent tout de suite le travail de l'album précédent. L'apparition d'un synthétiseur comme un point éloigné puis sa transformation en rondeur lancinante était déjà concrètement présent sur Storm Sequence.

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Pochette Disque Hybrid Song Box. 4

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