Mount Eerie

Wind's Poem

( Force Field PR ) - 2009

» Chronique

le 22.01.2010 à 06:00 · par Vincent B.

Le bruit blanc. C'est le nom que l'on donne à l'ensemble des fréquences du spectre auditif jouées à la même intensité et en même temps. L'absence de discernement des sons, dans le son, c'est le blanc.

Wind's dark poem, le premier titre de Wind's Poem, s'ouvre sur un son que l'on pourrait apparenter à un tel bruit. Le poème du vent commence par une tornade. L'ensemble des sons semble avoir été digéré par une pédale de distorsion. On est gêné, dans un premier temps, par l'absence de discernement. La voix semble sous mixée, prise dans le flot sonore, emportée. Puis Through the trees, nous propose, littéralement, le calme après la tempête. C'est dans son ensemble qu'il faut appréhender Wind's poem. De la brise au cyclone, du courant d'air au typhon, c'est un univers dense, épais, que Phil Elverum nous propose ici. Teinté de magie, hanté d'une forte puissance spectrale. Les voix sont majoritairement chuchotées, les tenues des notes aux orgues s'enchaînent et se détachent d'un obscur bloc sonore. Le son du vent semble s'être invité, parasitant les fréquences, comme s'il venait gêner volontairement l'enregistrement.

Arrêtons-nous sur l'objet à proprement parler. Double disque dans sa version vinyle, l'album a un côté disque concept, magnifiquement réalisé. Les paroles sont intégralement écrites dans un long livret tout en vertical, invitant l'auditeur à lire le texte pour ce qu'il est : un poème. Wind's poem.On l'aura compris. Le vent s'instille ici partout, sous toute les formes possibles : sonores, poétiques, théoriques. Le vent est un des personnages/narrateurs du poème. Elverum prête donc sa voix aux éléments. Et parle au nom de ces derniers. Le parallèle vent/musique est insinué tout au long de l'album. Sur My heart is not as peace, on entend « My heart is not as peace, i woke up angry, there is wind but there is no song ». Les titres de l'opus vont dans ce sens : Wind speaks ( I am the river, I am the ocean of changing shapes, and you are like me) – Mouth of the skyStone's ode. Something, dont les paroles sont remplacées sur le livret par des taches d'aquarelle, est l'enregistrement d'une présence abstraite, angoissante, menaçante (y compris pour votre système hi-fi).

Il y a du Beckett chez Mount Eerie. Fascination conjointe du vide et du langage.

Le vide par la distorsion, la saturation du néant. L'inadéquation, ou l'approximation du langage comme moyen d'expression trouve dans la saturation sonore toute une richesse d'équivalences.

L'album est à écouter au casque. Parce qu'il y a, ici plus qu'ailleurs, une parfaite coïncidence entre l'enfermement autiste de l'écoute au casque et le monde sonore qui nous est proposé. Il y a dans ce poème du vent une apologie du rien, ce sceau poétique caractéristique de Mount Eerie. L'album, lit-on sur le livret, est enregistré "nulle part". Sur Between Two Mysteries, le titre le plus saisissant de l'album, Elverum se dit "enterré dans l'espace".

Mount Eerie a la singularité des plus doués, d'un Six Organs of Admittance par exemple, et album après album, son univers gagne en densité, traçant ses sillons dans une neige poudreuse. L'univers est ici si spécifique qu'il est difficile de trouver des analogies avec d'autres artistes.

Un cyclone est passé sur la musique de Mount Eerie. La musique de Mount Eerie est un cyclone.

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Pochette Disque Wind's Poem

» Tracklisting

  1. Wind's Dark Poem
  2. Through The Trees
  3. My Heart is Not at Peace
  4. The Hidden Stone
  5. Wind Speaks
  6. Summons
  7. The Mouth Of Sky
  8. Between Two Mysteries
  9. Ancient Question
  10. Something
  11. Lost Wisdom 2
  12. Stone's Ode
  13. Wind Lyrics
  14. Summon Acoustic
  15. Lost Wisdom

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