Jackie-O Motherfucker

Ballads Of The Revolution

( Fire Records ) - 2009

» Chronique

le 05.03.2010 à 00:00 · par Gaël P.

Après le mini-album Valley Of Fire qui constituait en quelque sorte une fiche d'identité du groupe, tant y était représentées, sur quatre morceaux, leurs différentes tendances, Jackie-O Motherfucker revient avec un album moins conceptuel et beaucoup plus à même de proposer des titres faisant réellement sens entre eux. On a préféré une simplicité de ton dans cette nouvelle livraison, oubliant les longues chevauchées expérimentales de Fig.5, au profit d'atmosphères planantes et cristallines.

Quoi de plus typique pour le groupe que de débuter l'album par une de ces ballades envoûtantes dont il a le secret. Nightingall prépare une entrée douce avec ses guitares aux propriétés étincelantes, complétées par une magistrale utilisation de l'arrière-plan sonore dans lequel des échos apportent une forte valeur mélancolique. La batterie au battement léger et lent tout comme la voix monotone, sans effort, de Tom Greenwood, assurent également une part de ce précieux mysticisme cher au groupe. On retrouve cette même teinte sur Skylight – qui n'est pas sans nous rappeler l'éternel Good Morning Captain dans certains aspects – où se met en place une répétitivité lancinante qui, au fur et à mesure, va se transformer en un puissant et vigoureux magma sonore. On feint des temps de rupture afin de relancer plus vivement grâce notamment à l'utilisation d'une guitare lourde et charbonneuse. Dans un même temps, l'espace vocal de Tom Greenwood semble perdre du terrain sur l'instrumentation, comme entraîné dans des profondeurs abyssales. Dans un même registre de métamorphose longue, le psychédélique The Crying Sea montre la belle capacité de Jackie-O Motherfucker à la structuration en forme évolutive. Après que la batterie de Danny Asaki, par un rythme nerveux et par de constants petits changements, ait assuré le potentiel énergique sur toute la première partie du morceau, un choeur féminin puis des courts solos de guitare d'une âpre beauté prennent le relais et viennent donner un puissant aura à l'ensemble.

Bien que le groupe ait délaissé leurs longues improvisations expérimentales, on retrouve tout de même deux morceaux qui se situent dans cette tendance-là. Le premier, Dark Falcon, joue d'une incapacité de perception claire de l'auditeur avec scintillements, bruits de cymbales et effets indistinctement entremêlés. Cela crée entre deux compositions mélodiques, Nightingall et Skylight, une rupture essentielle pour pouvoir redévelopper à la suite quelque chose de plus lyrique. Reprenant la même idée, le second morceau plutôt expérimental, The Corner, s'intercale également entre deux entités mélodiques. Les sons y sont inquiétants, furtifs, et, ajouté à la voix particulièrement anti-harmonique de Greenwood, donnent un tout empreint d'une stagnation pour le moins crispante.

On retrouve également le registre de la ballade folk avec A mania en clôture d'album où se complètent parfaitement les voix de Greenwood et Robertson. Cette dernière soutient agréablement le chant peu gracieux de Greenwood par sa voix céleste dans la première partie du morceau. Les sonorités criardes d'une guitare électrique crée un temps d'arrêt vers la fin du morceau puis les parties vocales reprennent le dessus et, soudainement, le chant de Robertson est clairement distinct et à égal niveau de celui de Greenwood. Ce type de changement, bien que discret et pas fondamentalement révolutionnaire, donne néanmoins une touche particulièrement subtile au morceau.

Si ce nouvel album n'a peut-être pas la même envergure qu'un disque comme Flags Of The Sacred Harp – il reste peut-être trop formellement ancré dans une formule simple qui manquerait d'inspirations libératoires –, il n'empêche que c'est un bien bel album qui recèle de riches compositions. Notre fidélité à Jackie-O Motherfucker tient justement à cela.

Retour haut de page

Pochette Disque Ballads Of The Revolution

» Tracklisting

  1. Nightingale
  2. Dark Falcon
  3. Skylight
  4. The Corner
  5. The Cryin Sea
  6. Amania

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.