Califone

All My Friends Are Funeral Singers

( Dead Oceans ) - 2009

» Chronique

le 27.01.2010 à 06:00 · par Gaël P.

Par ses élèments sonores hétéroclites, Califone tisse un univers riche et varié où l'auditeur n'est pas restreint à un seul et unique registre. D'un morceau à l'autre, le groupe tente de proposer de nouvelles perspectives sonores. D'un morceau très krautrock comme Giving Away The Bride, on passe à des titres plus académiques dans la veine folk-rock – sans que cela ne soit pour autant dépourvu d'intérêt –, comme à des interludes martiaux où le talent du percussionniste Ben Massarella est donné à entendre.

Il n'est pas un seul morceau qui soit lisse et homogène. Chaque titre est conçu, en dehors de sa vectorisation – au sens où une finalité est donnée comme issue –, par de multiples touches sonores, assez discrètes pour se fondre dans l'ensemble, qui donnent des colorations diverses, des traits de caractère, des approfondissements de la matière. Bunuel en est un exemple intéressant. Se développant sur une structure country-rock plutôt classique, le morceau prend de l'ampleur par de discrètes percussions à l'arrière-fond sonore. Si celles-ci ne sont pas mises en avant, elle renvoie, en contrepartie, au tout un rythme particulier, chassant la possibilité d'une linéarité trop diffuse.

Ce qui est assez étonnant et un tant soi peu paradoxal sur ce disque, c'est que le groupe, même s'il a recours à un matériau varié, crée sur certains morceaux une sorte d'assèchement, de désossement. Les structurations des compositions nous semblent mises à nue, comme soumises à la lecture d'une radiographie. Tel est le cas de 1928 ou bien de Alice Marble Gray où aucun effort d'énergie est insuffler mais où, au contraire, une volonté de décomposition semble être mise en avant.

Le groupe a également un sacré talent pour faire survenir des sursauts d'aura qui jamais ne s'éternise mais donnent une certaine sacralité à l'ensemble. Sur Polish Girls, le final où tout s'harmonise en un instant, alors que cela ne paraissait être auparavant le dessein du morceau, en est exemplaire. Tout autant que les deux arrivées de piano de Giving Away The Bride qui cristallisent deux courts instants mélodiques très inspirés.

On ne se refuse pas des titres plus simples à vocation de hits comme Funeral Singers, véritable perle où le chant de Tim Rutili et une utilisation bien assénée de la guitare électrique donnent tout leur éclat au morceau. Evidence, dans un style beaucoup plus intimiste, par un subtil mariage d'une voix masculine et féminine et la délicate rondeur d'un synthétiseur, est précieusement amené. Ce morceau renvoie au somptueux Krill où des percées électriques canonisantes atteignent des sommets, calmées par des passages d'une douceur exemplaire rapellant les sonorités répétitives de Terry Riley.

Retour haut de page

Pochette Disque All My Friends Are Funeral Sin

» Tracklisting

  1. Giving Away The Bride
  2. Polish Girls
  3. 1928
  4. Funeral Singers
  5. Snake's Tooth = Protection Against Fever & Luck In Gambling
  6. Bunuel
  7. Ape-like
  8. A Wish Made While Burning Onions Will Come true
  9. Evidence
  10. Alice Marble Gray
  11. Salt
  12. Krill
  13. Seven, Fourteen or Twenty-One Knots
  14. Better Angels

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.