Hush Arbors

Yankee Reality

( Ecstatic peace ) - 2009

» Chronique

le 02.11.2009 à 06:00 · par Dominique K.

Jusqu'à présent, on avait croisé Hush Arbors, aka Keith Wood, sur des chemins plutôt folk et plus particulièrement folk psychédélique. Sa voix si particulière, toujours à la limite de la rupture, nous emmenait vers des altitudes où le romantisme se mêlait avec gravité à une acidité plus ou moins mordante. Le son de Hush Arbors retenait suffisamment l'attention en mélangeant une acid-pop très marquée 60's - surtout le chant - et un son moderne - très subliminal, en fait - à la limite du drone. Cette caractéristique fait de Hush Arbors, un projet musical beaucoup plus intéressant que Band of Horses, par exemple. Jusqu'à présent. Aussi lorsqu'on sut que Yankee Reality, son deuxième album à paraître sur Ecstatic Peace, le label de Thurston Moore, allait être produit par J. Mascis, on pouvait croire que ce dernier allait sublimer le son de Hush Arbors. On était confiant, prêt à donner notre bénédiction bienveillante.

La première écoute de cet album sème quelque peu le trouble. Ce n'est pas le Hush Arbors que l'on connaît. Pas celui qui chante son americana artisanal. Non, les dix morceaux qui composent Yankee Reality n'ont quasiment plus rien à voir avec cette folk psyché des débuts. La production est passée par là. A partir de la deuxième écoute, on perçoit vaguement que cet album s'écoute en trois temps : un temps 60's, un temps 90's et un temps Dinosaur Jr. Et lorsqu'on réussit à rassembler ces trois temps dans un seul espace temporel, le nôtre, on a le nouveau son de Hush Arbors : résolument pop-rock.

Le temps 60's lorgne délibérément vers Creedence Clearwater Revival et The Band, et c'est assez frappant sur les deux premiers morceaux de l'album : Day Before, ritournelle dansante et parfaite pour le dance-floor et Lisbon, véritable hymne que John Fogerty n'aurait pas renié. Et sur tout le long de l'album, cette influence de CCR est contrebalancée par un son très 90's avec ces guitares qui se crispent juste ce qu'il faut pour insuffler suffisamment de noise. Le ton devient alors beaucoup électrique, et on retrouve le son originel de Hush Arbors mais cette fois-ci réellement magnifié. Hélas, ce moment de bravoure ne se retrouve que sur deux morceaux, Fast Asleep et So The Say, car on replonge rapidement dans les 60's avec One Way Ticket et son piano-bar et Coming Home, autre morceau d'influence CCR/The Band. Et le temps Dinosaur Jr, me demanderez-vous ? Il est sur tout l'album, tant la main-mise de J.Mascis sur la production est lourde et notamment sur le dernier morceau, Devil Made You High, qui n'aurait pas démérité sur un album du groupe de Amherst.

Vous me direz qu'il y a des influences plus honteuses que les sus-nommés. Vous me direz que travailler avec une pointure comme J.Mascis peut rendre n'importe quel jeunot influençable. Ce serait vrai si Hush Arbors en était à ses débuts et ce n'est pas le cas. Jusqu'à présent, il se promenait au bord de la falaise, tel un somnambule, mais avec Yankee Reality, une étape a été franchie. On peut regretter cette nouvelle orientation, ce nouveau son plus catchy et le manque de prise de risque. Est-ce pour autant un mauvais album ? La réponse est non. Mais ce petit grain de folie qui manque fait la toute différence entre un bon album et un album de l'année.

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Pochette Disque Yankee Reality

» Tracklisting

  1. Day before
  2. Lisbon
  3. Fast asleep
  4. So They Say
  5. One Way Ticket
  6. Coming Home
  7. Sun Shall
  8. Take it Easy
  9. For While You Slept
  10. Devi! Made You High

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