St. Vincent

Actor

( 4AD / Beggars Banquet ) - 2009

Album enregistré, mixé et produit par John Congleton et Annie Clark aux studios Elmwood et The Track à Dallas. Annie Clark : chant, guitares, claviers, basse - Hideaki Aomori : Flutes, clarinette, saxophones - Michael Atkinson : Cor français - Daniel Hart : Violons, sarangi - McKenzie Smith (Midlake) : Batterie - Paul Alexander (Midlake) : Basse - Alex Sopp : Flûtes.

» Chronique

le 04.11.2009 à 00:00 · par Alexandre F.

Le nouvel album de St Vincent, et l’on peut s’en réjouir, ne règle rien à l’équation inconfortable et stimulante que posait son premier album, Marry Me. Annie Clark, la tête et les bras de cette entité musicale, qui a aussi bien joué en tant que guitariste chez Glenn Branca que sur la pop baptiste ampoulée de The Polyphonic Spree, semble même avoir décidé de prendre les choses à l’envers cette fois-ci, avec l’appétit gargantuesque qu’on lui connaît et son goût pour les grands écarts.

Au lieu de partir de l’écriture des chansons, il semble qu’Annie Clark ait préféré revoir quelques scènes de ses films favoris (de Sleeping Beauty au Badlands de Terence Malick en passant par le Stardust Memories de Woody Allen) et d’en réinventer la bande-son, prenant chaque instrument comme l’élément d’un casting qu’elle a enregistré pour ensuite seulement s’atteler au travail de composition. Cette méthode de laboratoire assistée par ordinateur et d’hybridation est responsable de la cohésion nouvelle d’un univers que l’on savait protéiforme mais pas à l’échelle d’un album.

Si Actor gagne en cohérence par rapport à son prédécesseur, c’est que chaque titre propose son lot de fausses pistes et possède de déconcertants développements à l’instar de The Strangers, chanson-autopsie d’un amour mort où échange de regards noirs, paroles blessantes, fantasmes cachés sous le matelas et ressortis pour l’occasion, s’égrènent sur un beat électro-cardiaque accéléré, tandis que la mélodie, portée d’une voix gracieuse croise les boucles descendantes d’un carrousel, ou autres concerts éthérés de voix, eux-mêmes surpris par les réminiscences lointaines d’une vieille valse de comédie musicale exécutée par des vents. Cet improbable château de cartes s'accroche un temps aux rythmes syncopés d’avenantes guitares zoukées avant d'être aspiré par quelques déflagrations bruitistes orchestrées d’une main nerveuse qui envoie valser amants, fils prodigues, colères et trahisons en tous genres. "Paint the black hole, blacker".

Avec ce morceau inaugural et kaléidoscopique, Annie Clark pose tous les éléments d’une dramaturgie dont elle distribuera les cartes avec généralement plus de bonheur que d’insuccès, privilégiant ici un crescendo poussé jusqu’à la sortie de route (Black Rainbow), là, une respiration acoustique (Oh My God), les accents volontairement naïfs d’un conte chinois (The Bed), disposant encore riffs dissonants (Save Me From What I Want) ou funkoïdes (Marrow) en tirant toujours parti des oppositions qui font toute la dualité de sa musique : le chaud et le froid, la chair et l’esprit, l’organique et l’artifice, le lyrisme et l’ironie, la douceur et la violence.

Actor par sa production (réalisée en collaboration avec John Congleton) lorgne très clairement du côté des fantaisies drolatiques de The Dreaming de Kate Bush ou du Scary Monsters (and Super Creeps) de David Bowie (le titre Actor Out Of Work) et ne défrisera pas les amateurs des deux premiers Goldfrapp, le glamour cheap en moins. L’usage rétro-futuriste qu’Annie Clark fait de ses machines - s’il y a bien un film qu’on croit souvent « entendre », bien qu'il soit muet, c’est bien le Metropolis de Fritz Lang -, et celui de la citation, de l’humour ou même du métadiscursif - Just The Same But Brand New est de ce point de vue un titre à double entrée - font de la pop biscornue d’Actor un objet post-moderne à part entière qui, malgré ses imperfections (une tendance à l'ironie facile comme sur le final de The Party), réussit là où précisément le dernier Bat For Lashes échoue, parfois écrasé sous le poids de ses références, en donnant à entendre une voix singulière. Il confirme Annie Clark comme l’une des song-writers les plus inspirées de cette nouvelle vague américaine (Grizzly Bear, Dirty Projectors, Animal Collective) qui cherche à conjuguer l’immédiateté du plaisir pop et cérébralité. Et puis on aime St Vincent pour cette manière de jeter en pâture en fin de parcours une esquisse orchestrale d’une minute cinquante deux (The Sequel), petite merveille mélodique et harmonique dont les arrangements ne sont pas sans évoquer le jeu d’alto d’Eyvind Kang, et de nous planter là sans crier gare, maintenant toujours cet équilibre entre plaisir et frustration, qui fait qu’on attend déjà avec impatience son prochain opus.

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Pochette Disque Actor

» Tracklisting

  1. The Strangers
  2. Save Me From What I Want
  3. The Neighbors
  4. Actor Out Of Work
  5. Black Rainbow
  6. Laughing With A Mouth Of Blood
  7. Marrow
  8. The Bed
  9. The Party
  10. Just The Same But Brand New
  11. The Sequel

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