Steven R. Smith

Cities

( Immune Recordings ) - 2009

» Chronique

le 02.10.2009 à 06:00 · par Dominique K.

Plonger dans la discographie de Steven R. Smith, c'est l'assurance de perdre quelques heures à écouter, ranger, revenir, classer à nouveau : bref, faire un aller-retour incessant entre ses disques. Depuis 1995, cet artiste américain a enregistré une trentaine d'albums que ce soit sous son propre nom, sous un pseudo, en collaboration ou avec ses groupes. Aussi, est-il étonnant de commencer à chroniquer le dernier album en titre du sieur dans ses colonnes, au lieu de débuter par le commencement. Mais en ces temps de revival en tout genre, la musique de Steven R. Smith ne fait pas dans le détail, ici les chemins sont suffisamment balisés pour ne pas se perdre en cours de route.

Dès les premières minutes de Cities, la guitare est, à l'évidence, au centre des débats. Tout au long de ces dix morceaux, et de manière presque ténue, Steven R. Smith fait subir à son instrument toutes les tortures imaginables et inimaginables : reverb, feedback, léger larsen... Nous avons le droit à une destruction minutieuse et minimaliste dudit instrument ou du moins à une destruction quasi-scientifique des sons émanant de sa guitare, au point de la/les rendre méconnaissable(s). Cette expérience sonore se décline donc sur dix tableaux, tous instrumentaux, la voix ne servant que de contrepoint ou mieux, d'habillage sonore. Tel un expressionniste, Steven R. Smith dessine par touches successives les contrastes d'un instrument dont on pensait tout connaître ou tout savoir. Une unique écoute ne suffit pas à appréhender la complexité sous-jacente de cette œuvre polymorphe. En effet, la mosaïque Cities ne prend réellement forme qu'à la énième écoute, lorsque l'on se surprend à arpenter les différents chemins de traverse. Le nez en l'air, la cité - cet élément urbain fait d'électricité et de tension, lieu social et ruine de l'âme, du béton en guise de branche, le brouillard accroché à ces hauts immeubles, le vent sifflant - prend des airs de film fantasmagorique ou plutôt d'un immense champ de ruines, où le peu d'humain, qui reste en nous, est balayé d'une lumière crue et violente (c'est particulièrement vrai sur un titre comme The City Gate ou le tout dernier, All is One One is None None is All).

Drône, psyché-folk, psychédélisme urbain, Smith use et abuse de tous les procédés stylistiques pour offrir à nos oreilles ébahies, un concentré de musique urbaine. Il faudra peut-être attendre à nouveau trente albums pour apprécier le champ lexical et musical d'une ville quelconque. Mais en attendant, l'œuvre passée et future de Steven R. Smith est à découvrir.

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Pochette Disque Cities

» Tracklisting

  1. Cities In Decline
  2. Black Paper Scrim
  3. The Paling Day
  4. Night Upon Us
  5. Line To Line, Pole To Pole
  6. The Road
  7. The City Gate
  8. Valuska
  9. Distance And Passing
  10. All Is One, One Is None, None Is All

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