Sharko

Dance on the Beast

( Bang ) - 2009

» Chronique

le 18.09.2009 à 06:00 · par Rémi Q.

Il est si bon d'avoir des nouvelles de Sharko... Ce nouvel album ne déroge pas à la règle : quand je lance le disque, au départ je ressens la crainte que le groupe ait versé dans une pop-FM douteuse, pour être rattrapé très vite par un constat. Sharko reste, même sous le vernis de la production ultra-léchée de Dimitri Tikovoï (Placebo, Trash Palace), un groupe cultivant l'art des faux-semblants et de l'auto-dérision. Le trio utilise les grosses ficelles pour les couper une à une, avec des ciseaux sortis dans des accès irrépressibles de modestie. C'est ce rapport ambigu avec le succès, réalité ou rêve, qui ressort depuis le départ des chansons touchantes et barges de David Bartholomé, ce petit mec dont la voix rappelera immanquablement Sting (oui, mais un Sting qui s'étrangle). Un mec tiraillé entre une certaine fascination pour les rock-stars, parfois soucieux de leur ressembler, mais toujours rattrapé par son envie de bazarder ses ambitions pour se lancer, par exemple, dans un numéro de ventriloque avec ses chaussures (à voir en live).

Trois années après Molécule et sa production musclée qui dissimulait mal un esprit en proie aux idées noires, le trio belge revient après un changement de line-up (le batteur de Mud Flow Charly De Croix remplaçant Julien Paschal), avec un album toujours très court, cette fois rempli à ras-bords de pop-songs sautillantes, aux refrains imparables et gorgés de triturages sonores, révélant une humeur plus apaisée. Après avoir combattu la bête, le titre incite sans doute à tout oublier, et à danser sur son cadavre. Sharko nous balance en ouverture un Yo Heart discoïde truffé de petits gimmicks électro, pour enchaîner par un Never the Same au refrain fédérateur, parasité par de mignonnes et grésillantes lignes de clavier rétro. Mais il est difficile de chasser le naturel : une étrange mélancolie fragile pointe déjà le bout de son nez sur ce refrain, inévitablement. Le souvenir de la bête ? Comme si la voix de David, entre deux miaulements, nous chuchotait que tout ceci est du cirque, mais peu importe, dansons...

Sharko, en se tenant sur la corde raide, parvient à faire passer les idées les plus invraisemblables, qui pourraient très facilement m'irriter ailleurs. Comme le leitmotiv de Horses, ce riff bubblegum couillon, qui place le titre sous le signe d'une niaiserie bien affichée avant que des nappes de synthé eighties viennent porter le final vers une brume ambient toxique. Faux-semblants quand vous nous tenez.... Au détour d'un riff de guitare explosif, le groupe singe même très habilement les groupes du revival rock en The.

Dance on the Beast devient vite réellement jubilatoire, une collection de pop-songs ultra efficaces et rusées, toujours à deux doigts de sombrer dans le grotesque ou le surréaliste, chose qui paradoxalement, les rendent plus attachantes. Et quand le point final arrive sous la forme du funk sur-saturé de Creatures, difficile de ne pas penser au fracassé Midnite Vultures de Beck.

A la fin des années 90 émergeaient des groupes belges qui se jouaient des codes pop anglo-saxons pour imposer une vision foutraque et singulière : ces groupes étaient dEUS, Venus et... les trop méconnus Sharko. Dans les années 2000, quand les premiers se prennent un peu trop au sérieux et oublient les chansons à tiroirs, que les seconds se dissolvent après une carrière mouvementée, on retrouve les Sharko égaux à eux-mêmes, avec un peu plus de bouteille et totalement dans l'air du temps, mais vite rattrapés par leur folie douce bien intacte.

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Pochette Disque Dance on the Beast

» Tracklisting

  1. Yo Heart
  2. Never the Same
  3. Rise Up
  4. 23 Find we Belong
  5. Head
  6. Horses
  7. Cinema Tech
  8. Mouse/Animal/Facebook/Danger
  9. Since you Called
  10. I'm so Stupid
  11. Creatures

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