Tiny Vipers

Life On Earth

( Sub Pop / Pias ) - 2009

» Chronique

le 30.09.2009 à 06:00 · par Vincent B.

Le second album de Tiny Vipers a une résonance claustrale indéniable.

Le second album de Tiny Vipers se nomme Life on earth.

La vie sur terre a une dimension claustrale indéniable. On pourrait imputer cette déduction à Jesy Fortino, aka Tiny Vipers.

Au premier abord, il s'agit d'un album de folk. Au sens classique du terme. Guitare acoustique, voix. La photo de couverture nous montre Tiny Vipers devant un feu de camp qui se termine. Des braises. On pourrait rapidement envisager tout cela, le feu, la solitude, la guitare épurée, comme une forme de cliché folk. Et pourtant il n'est pas ici question d'ode ou d'hymne au pouvoir floral. S'il est question d'un appel à la nature, c'est sous la forme d'un besoin, d'une quête claustrophobe, d'espace. La réverbération sur les guitares, que l'on suppose naturelle, souligne l'espace clos. Non pas proximité d'une musique en chambre, mais prises de son solitaires dans de grands espaces fermés. Cathédrales carcérales. La chanson Life on Mars de David Bowie implorait la possibilité d'une vie sur la planète Mars, espoir possible d'échappatoire. Tiny Vipers, qui ne cache pas son admiration pour Bowie, offre avec Life on earth une imploration similaire, mais l'échappatoire n'existe plus.

Life on earth est plus obscur que ne l'était l'opus précédent, Hands across the void. La voix de Jesy Fortino se fait plus singulière. Les intonations sont teintées de fatalisme, d'amertume. D'une forme de ressentiment également. Il y a une rage intense, toute en retenue, qui se manifeste dans son timbre. Très peu de douceur. Tiny Vipers accompagne l'auditeur désespéré, lui offre ses tristesses, et le réconfort des chants est ici la une invitation à l'exil, un coup de poing sur la table avant de s'en aller. C'est probablement ce qui lui permet de se démarquer des chanteuses folk américaines contemporaines. Jesy Fortino est solitaire dans un catalogue de solitaires. Si elle a été comparée à Joanna Newsom, à Chan Marshall, elle ne possède pas cette chaleur de timbre ou ce soupçon d'enthousiasme qui les rend plus accessibles, plus rassurantes, définitivement pas plus talentueuses. Si la qualité des albums folk se mesurait à l'orée de la tristesse qu'ils contiennent, Tiny Vipers serait la figure de proue de la folk contemporaine.

Les arpèges sont épurés à l'extrême. Les parties de guitares, et notamment les transitions d'une partie à une autre, sont esseulées. Une deuxième guitare sonne, en creux, par son absence. Les sophistications inutiles ont été jetées à la corbeille. Une voix doublée de temps en temps, un larsen basse qui bourdonne dans la caisse de résonance de la guitare, un larsen plus aigu, au loin, une résonance de résonance, comme si le son était capté dans une perspective de mise en abîme. Ce sont là les principaux habillages qui viennent appuyer les mélodies solitaires de Tiny Vipers.

L'album fonctionne comme un voyage. Une trajectoire plutôt. L'espace se fait de plus en plus oppressant, parce que de plus en plus grand. Mais toujours clos.

Sur Dreamer, le plus beau titre de l'album, Jesy Fortino chante, dans un cri retenu, "I'm dying for a way out". L'album se termine par le titre Outside. Enregistrement d'une volonté de sortir. Si les premiers titres sont dans la continuité de l'opus précédent, la seconde partie de l'album se démarque clairement. Plus expérimentale, moins mélodique. Plus rien ici n'est du domaine des chansons folk entêtantes. Il semble que Tiny Vipers ait voulu marquer son attachement à un type de sonorités qui était présent sur ses premiers EP, notamment sur Empire Prism, mais qui était absentes de son premier album sorti chez Sub Pop. On sent l'influence du groupe Suicide, les titres deviennent plus longs. L'atmosphère se fait "lynchéenne". Young god aurait pu s'intégrer parfaitement à la B.O. de Twin Peaks. Le titre Twilight property est aussi mystique que son titre le laisse entendre. La guitare est ici épaulée par des sons dont les sources sont difficilement identifiables (orgues ? guitares traitées ? larsen ?). Nous ne pouvons que féliciter Sub Pop d'avoir laissé cette liberté de champ à Tiny Vipers, tant il aurait été aisé d'en souligner les aspects mélodiques, au risque d'en faire un produit folk supplémentaire signé sur un gros label, sans s'attarder sur la dimension expérimentale et les épurations extrêmes qui font la singularité de sa musique.

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Pochette Disque Life on earth

» Tracklisting

  1. Eyes like ours
  2. Developpment
  3. Slow motion
  4. Dreamer
  5. Time takes
  6. Young god
  7. Life on earth
  8. CM
  9. Tiger mountain
  10. Twilight property
  11. Outside

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