Stéphane Kerecki Trio

Houria (Featuring Tony Malaby)

( Zig Zag Territoires / Harmonia Mundi ) - 2009

» Chronique

le 15.06.2009 à 06:00 · par Mathias K.

On peut le dire d’emblée : Houria, du trio de Stéphane Kerecki est l’une des toutes meilleures sorties de l’année 2009 dans le domaine du jazz. Et comme le trio se paie ici le luxe d’inviter Tony Malaby (aux saxophones ténor et soprano), cette affirmation est à entendre toutes nationalités confondues.

Houria est le troisième album qu’enregistre le trio de Stéphane Kerecki (composé de Kerecki à la contrebasse, Matthieu Donarier aux saxophones soprano et ténor et Thomas Grimmonprez à la batterie). On savait déjà combien cette formation était formidable, grâce à deux excellents opus : Story Tellers en 2004 et Focus Dance en 2007. Compositions racées, élégance absolue des instrumentistes, fluidité de leur jeu, lyrisme mat et intensité émotionnelle : toutes ces qualités se sont développées en l’espace de deux disques, et plus encore sur ce troisième opus, au point que le saut qualitatif s’entend dès qu’on entre dans Houria. La présence de Tony Malaby y est pour quelque chose, même s’il est évident que tous ont affiné leur art, nourri leur inventivité, gagné en sûreté.

Le trio, devenu quartet, ne déploie pas un art du renversement agressif. Il cherche plutôt les moments de tension, les points de dissonance au bord de la rupture. Un art de la demi-teinte fondé avant tout sur une écoute de chacun envers tous. Les deux saxophonistes y sont pour beaucoup. Ce sont eux qui tirent le groupe en avant la plupart du temps : ils exposent les thèmes, et dialoguent ensemble de manière serrée. Le jeu de Donarier est délié et cherche la fluidité ; celui de Malaby privilégie l’intensité et la puissance : ils jouent à merveille de leur complémentarité. Quand l’un prend le soprano, l’autre prend le ténor, mais il arrive aussi qu’ils jouent ensemble à deux ténors ou deux soprano : aucune combinaison n’est interdite. Ils cherchent, tâtonnent, progressent pas à pas, chacun assurant l’autre comme un compagnon de cordée (ainsi du sublime A l’air libre, un des plus beaux titres du trio). Parfois aussi, ils se précipitent ensemble à toute vitesse, comme sur Palabre. Derrière, Thomas Grimmonprez, insuffle l’énergie nécessaire au groupe : son drive puissant sur Palabre, ses balais discrets sur Fable sont un soutien rythmique de très bonne facture.

Le leader, lui, privilégie la discrétion. Il signe tous les titres (hors trois improvisations en duo avec Malaby), prend des risques (revisiter O Sacrum Convivium d’Olivier Messiaen) et privilégie la spontanéité, dans une musique pas si écrite qu’elle n’y paraît. Lorsqu’il écrit Suite for Tony, dédié à Tony Malaby, Kerecki supprime une partie de la composition pour privilégier le jeu en commun, et parce que le groupe s’est forgé pour Houria une entente forte. Une fois n’est pas coutume, parler de l’alchimie au sein d’un groupe aura un sens : ici les subtils décrochages harmoniques ou rythmiques, les interventions inattendues sont très souvent dus à l’entente développée au cours des improvisations.

C’est peu dire que cette musique est belle, très belle : avec elle le trio de Stéphane Kerecki se hisse au rang des toutes meilleures formations françaises. Il faut souhaiter que son talent soit reconnu à sa juste valeur et qu'Houria ne soit que le début de l'aventure.

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Pochette Disque Houria (Featuring Tony Malaby)

» Tracklisting

  1. Macadam
  2. Un ange passe...
  3. Houria
  4. A l'air libre
  5. Palabre
  6. Duo 1
  7. Suite for Tony
  8. Fable
  9. Duo 2
  10. Satellisé
  11. O Sacrum Convivium
  12. Duo 3
  13. Secret d'oreille

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