Current 93

Aleph at hallucinatory mountain

( Coptic cat ) - 2009

Nouvel opus de Current 93

» Chronique

le 10.06.2009 à 06:00 · par Vincent B.

David Tibet est un créateur surdoué. La pochette de Aleph at hallucinatory moutains vient nous le rappeler: premier contact avec le disque, et déjà pénétration radicale dans son vaste monde. Un crayonnage lumineux figurant un cercle lunaire. A ses côtés, un visage suggérant un smiley dévasté. Les figures se détachent sur un ciel écarlate, surplombant un bleu de fin du monde.

David Tibet est un créateur surdoué. Et nous offre une nouvelle apocalypse, trois ans après le très réussi Black ships ate the sky. Dès les premières phrases, le ton est donné: un enfant, dont la voix est doublée et déphasée, articule: «Almost in the beginning was the murderer». Les guitares entrent, imprévisibles et assourdissantes. Rien ici ne semble obéir à des codes. Ou peut-être les codes sont ils trop nombreux pour arriver à en isoler quelques uns. Une fusion, non pas au sens d'un métissage des genres, mais d'un magma trop élevé en température pour que l'on en discerne les éléments. Comme si les précédents opus n'avaient été qu'une répétition générale, avec cet album en vue. La richesse de composition, de textures sonores, la qualité des prises de sons, en font un objet de luxe. Le type d'enregistrement que l'on a envie de posséder en vinyle pour lire les textes du livret en l'écoutant, et pour pénétrer plus profondément encore dans cette géologie sonore, dans cet empire de l'inattendu.

Album qui invite à la contemplation. A écouter seul et de nuit, de préférence au casque. C'est peut être parce que Current 93 s'est fait spécialiste des éditions luxueuses qu'il semble éviter la crise du disque (l'album précédent à été double disque de platine, ce qui pour une musique de ce type relève du miracle). Ultime irrévérence de Tibet à ses contemporains.

Musique classique, folk, métal, indus, baroque, poésie sonore, musique de chambre expérimentale, textes lus sur solos de guitar hero, musique subliminale pour percussionistes. Comment essayer de nommer une dominante stylistique alors que cet opus vient les balayer, non sans insolence, d'un revers de main. Des hordes d'accords surgis de nulle part viennent ici se mélanger dans une dissonance parfaite à des guitares folk, des violes et des violoncelles rappelant le son de All the pretty little horses, en une multitude de couches arrangées par les producteurs Steven Stapleton et Andrew Liles. La production, évidemment orchestrée par David Tibet, n'a rien à envier en terme de virtuosité aux musiciens invités sur cet album.

Cette liste de participants est longue. Et Tibet sait comme toujours s'entourer des meilleurs. D'autant que l'album devait initialement être une trilogie finalement condensée sur un seul opus. On compte, parmi les invités, Steven Stapleton et Andrew Liles, de Nurse with wounds, Matt Sweeney, Alex Neilson aperçu chez Six Organs of Admittance ou Jandek, Ossian Brown de Coil, Sasha Grey, James Blackshaw et la rock star Andrew K.

L'album est composé de huit titres, évidemment loin des calibrages radios en terme de durée. La prose de David Tibet y est quasiment ininterrompue (une version alternative et centrée sur les textes reste à paraitre, comprenant un livret de 48 pages). Il reste fidèle à ses thématiques, ici centrées sur Aleph. Caractère (au sens de personnage et au sens de caractère typographique) principal du disque, assimilé tantôt à l'Adam de la genèse (On Doceitic mountain), tantôt à un simple filet pour papillon (Aleph is a butterfly net). Aleph est la première lettre de l'alphabet hébraïque, symbole de tout commencement. Assassin, en conséquence, aux yeux d'un Tibet érudit, apprenant le copte pour se rapprocher de la source de toute expression. On comprend pourquoi Tibet remplace la phrase « at the beginning was the verb » par « in the beginning was the murderer ». Aleph avait tout pour séduire cet expert en sciences occultes.

Sur « Aleph is the butterfly net » le jeu de percussions de Alex Neilson, qui a déjà cotoyé Sweeney sur Superwolf, avec Bonnie 'Prince' Billy, est magnifique. On songe d'ailleurs à ce magnifique EP de Bonnie Billy et du Marquis de Tren, Get on jolly, autre météorite musical du genre. La perle de l'album, si l'on peut en isoler une, est peut être le dernier morceau, As real as rainbows, qui semble évoquer le Trio en mi bémol de Schubert, digéré par les 30 années d'expérience de Tibet en musiques marginales. Où l'on entend les voix de Sasha Grey, montées avec une subtilité magique, en succession de couches. Le morceau est volontairement à un niveau beaucoup plus faible. Le calme après l'ouragan. As real as rainbows. Et il va decrescendo pendant toute la fin du disque.

Aussi vrai qu'un arc en ciel...[Al][Gr][/Gr]

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Pochette Disque Aleph at hallucinatory mountain

» Tracklisting

  1. Invocation of almost
  2. Poppyskins
  3. On docetic mountains
  4. 26 April 2007
  5. Aleph is the butterfly net
  6. Not because the fox barks
  7. Ur shadow
  8. AS real as raimbows

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