Las Ondas Marteles

On da rocks

( A Rag ) - 2009

» Chronique

le 25.05.2009 à 06:00 · par Marteen B.

C'est peut-être vrai de tout le travail de Las Ondas Marteles, c'est en tout cas une évidence à l'écoute d'On da rocks : cette oeuvre est uchronique. Pour mémoire, l'uchronie, souvent associée à la science-fiction, consiste à modifier un ou deux paramètres historiques pour dérouler un état du monde original, un univers plausible qui pourtant ne s'est pas produit. Grand classique du genre, Le maître du Haut-Château de Philip K. Dick se déploie dans un monde où l'Allemagne nazie a gagné la seconde guerre mondiale. Rien d'aussi funèbre ici, même si d'une certaine façon ce sont encore les forces du mal qui ont l'avantage. Sur On da Rocks, on part de l'idée que les Beatles ont échoué, sont restés un bon petit groupe de surprise-party, invités par Miss Daisy pour animer son cinquantième anniversaire dans un pub liverpuldien. La grande bataille livrée dans les années 60, ce sont les crooners à voix grave, les combos de rockabilly, qui l'ont gagnée. Les Islandais se chargent du trafic de drogue, les Mexicains d'alimenter les radios. En France, tandis que Jean-Philippe Smet s'est reconverti chauffeur de taxi pour célébrités, le multi-millionnaire Dick Rivers a demandé l'asile financier à la Suisse. Un tout autre univers. Parallèle.

Avec ce genre de projet, en France particulièrement, on peut s'attendre à de grasses plaisanteries et des clins d'oeil énormes. Oss 117 et les Rouflaquettes. Pas le genre des Las Ondas Marteles. Le groupe occupe son territoire avec le plus grand sérieux et le plus souple des doigtés. Sec et teigneux pour les morceaux enlevés, soul et jazzy dès que le tempo s'alanguit. Souvent chanté en espagnol pour le moelleux, avec cette voix profonde, simple, veloutée, de Nicolaï Martel, qui sur l'opus précédent portait déjà gracieusement et sereinement le répertoire cubain de Miguel Angel Ruiz. Des solos de contrebasse échevelés sous les doigts de Sarah Murcia (Suzy Q). Une guitare électrique aux solos tout en dentelle sous ceux de Seb Martel (Love in outer space, détourné de Sun Ra). Et cette musique éminemment dansante est ici jouée dans un dénuement qui la transforme en musique de chambre. Les gimmicks si typiques du rockab', décharnés, ont des allures jansénistes (Quiero volver). Elle en devient noble et savante. Si les Beatles avaient un temps menacé d'outrager Mozart, le rockabilly a sans qu'on le sache prolongé l'oeuvre rigoriste et mathématique de Bach. Il était temps qu'une telle vérité soit dite.

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Pochette Disque On da rocks

» Tracklisting

  1. Waitin in school
  2. Bertha Lou
  3. Touch me
  4. Who shot Sam
  5. Morse code
  6. Suzy Q
  7. Love in outer space
  8. Ah, poor little baby
  9. Quiero volver
  10. Jungle rock
  11. Hey Ruby
  12. Lover's rock

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