Mission of Burma

Vs

( Ace of hearts ) - 1982

» Chronique

le 22.04.2009 à 06:00 · par Dominique K.

Plutôt que de vous parler de l'histoire de Mission of Burma, je vous propose de jouer un peu ou plutôt d'oublier le jeu de la critique qui consiste à enfoncer des portes ouvertes quand il s'agit de groupe culte.

Tout a été (presque) dit sur Mission of Burma. Ils posèrent durablement les jalons d'un rock alternatif durant les 15 années qui suivit la sortie de leur premier album Vs. Au hasard, les subgenres comme la noise, le hardcore, ou l'EMO doivent quelques lettres de noblesse au son Mission of Burma et des groupes, comme les Pixies et Sonic Youth, revendiquent l'influence majeure qu'eut Vs sur leurs propres sons/productions. Ceci dit, 28 ans après, que reste-t-il de Vs dans la mémoire collective des post-punkers ? Si le groupe ne s'était pas reformé 23 ans après, il aurait été fort possible que l'album suive cette pente un peu savonneuse d'objet culte indispensable, à l'instar du Colossal Youth des Young Marble Giants (certains ont des sorts moins heureux).

Mais aujourd'hui, Vs a déjà fait l'objet de deux rééditions, l'une en 1997 et l'autre, la plus récente, l'année dernière. Quelle peut être aujourd'hui la modernité de ce disque ? Que nous apprend Vs ? Qu'il était alors possible au début des années 80 de signer un seul et unique disque à la brutalité gracile ? Sous ses faux airs hardcore, Mission of Burma déclina mieux que quiconque l'abécédaire post-punk d'alors, cultivant le doux paradoxe d'être un groupe qui joue vite et fort et aime - voire revendique - les expérimentations, Mission of Burma écrivit avec Vs le seul genre post-punk inimaginable alors : le punk progressiste. Tout en se jouant du format de la chanson classique, MoB instilla dans la rythmique de ses chansons, un minimalisme lié à une sophistication extrême, le tout étant solidement encadré par l'énergie et la rigueur, hérités de groupes comme les Gang of Four ou Wire.

Le résultat donne un disque au fracas chaotique tout juste contrôlé. Un morceau comme Trem Two illustre parfaitement la nature branque de leurs compositions : une mélodie hypnotique qui s'appuie sur la guitare de Miller tandis que les bandes enregistrées de Martin Swope (le membre de l'ombre) donne à l'ensemble une texture de papier mâché assez crispante. De même, la chanson qui clôt l'album originel, That's How I escape My Certain Fate, servit au groupe d'ouverture à ses concerts et amadouer un public, généralement assez échaudé par leurs bizarreries sonores, car sa structure est formellement classique si on excepte les paroles en boucle qui forment finalement une litanie entêtante.

Vs tient donc aujourd'hui toute sa place au panthéon des oeuvres que l'on se doit d'écouter au moins une fois dans sa vie. Trois décennies plus tard, ce disque reste d'une modernité déconcertante, combinant ce que les post-punk détraqués d'alors avaient su apprécier chez ce groupe : le viscéral au cérébral avec une bonne dose de rock progressiste, genre auquel s'abandonna quasiment totalement Mission of Burma lorsqu'il se reforma en 2004.

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Pochette Disque Vs

» Tracklisting

  1. Secrets
  2. Train
  3. Trem Two
  4. New Nails
  5. Dead Pool
  6. Learn How
  7. Mica
  8. Weatherbox
  9. The Ballad of Johnny Burma
  10. Einstein's Day
  11. Fun World
  12. That's How I Escaped My Certain Fate
  13. Forget
  14. OK/No Way
  15. Laugh the World Away
  16. Progress

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