Sholi

Sholi

( Touch And Go ) - 2009

» Chronique

le 30.03.2009 à 06:00 · par Marteen B.

La mémoire enfantine joue-t-elle chez le musicien de rock le rôle de cerveau reptilien ? Les impressions et premières expériences, dans l'enfance, s'inscrivent-elles irrémédiablement, dans une partie peu accessible à la conscience, pour ressurgir sous forme de réactions involontaires ?

Jeune ingénieur en neuroscience, travaillant sur le sommeil et les rêves, Payam Bavafa, guitariste-chanteur et leader de Sholi, se confronte peut-être directement à cette question lorsque pour son premier EP il reprend Hejrat, un des tubes de Googoosh, diva qui fut avant la révolution un des plus célèbres produits d'exportation de l'Iran. Sur cette excellente reprise, la chanson populaire iranienne est réactualisée dans une formule guitare - basse - batterie du meilleur effet. On pourra s'en faire une idée directement en téléchargeant le EP – gracieusement offert par le groupe sur son site (cliquer ici).

Si l'on s'attarde encore un moment sur cette question de cerveau reptilien, qu'entend-on dans le premier album de Sholi ?

Un accent d'abord. Qui trouve dans son chant varié un étrange moelleux. Qui souvent s'appuie sur les molaires. Qui s'abandonne dans des aigus bien trop hauts pour sa voix, et qui s'y tient comme en manque d'oxygène (November through June). Cette voix, qui s'affirme pop, est par moment comme investie par notre fameuse mémoire enfantine, ou cerveau reptilien, retrouvant des accents de mélodie orientale : le tragique, la modulation, et le persan qui vient mortaiser la prononciation américaine.

L'écriture ensuite. Le format des chansons, là encore, pop, parfois même power-pop, est démesurément amplifié par des souvenirs de mélodie populaire traditionnelle. Lyrisme, grandiloquence, goût un peu pompier, drame, émotivité, déroulé capiteux et lourd phrasé, etc. Tout cela inaudible ici, inaudible et caché, affleurant, déformant, travaillant dans les profondeurs des morceaux. Cela donne des balades économes traversées soudain par un ouragan tellurique, avant de dégager sur une longue et sinueuse dérive, comme Spy in the house of memories, titre peut-être programmatique. Ou encore des amorces faussement paresseuses, des ponts aériens prolongés, des refrains longs comme des couplets.

En apparence, un excellent élève pop-rock moderne. Avec une guitare qui roule, qui s'envole fort, et qui fait souvent la niche à Calla dans le gros son subtil. Une batterie destructurée qui rappelle un Jim White (pour son album avec Nina Nastasia), et qui trouve dans son apparente arythmie des appuis de rythmique orientale, ou qui joue de la rafale épileptique et du silence avec une virtuosité de percussionniste. Enfin une basse très présente qui prend ici ou là des accents dansants à la Woodentops.

Trio pop-rock, Sholi rappelle à Frank Black qu'on peut écrire en mécano des chansons efficaces sans terminer bande-son dans une pub pour corned-beef.

On pourrait mettre la bonne note à un fort en thème de la classe, adolescent doué qui a baigné toute sa jeunesse dans la musique commune. Seulement voilà, il y a cette chose étrange, injuste d'une certaine façon, qu'avant l'adolescent au poster Nirvana, il y a eu un gamin qui jouait aux petites voitures les oreilles grouillant de violons zigzagueurs, de percussions, de trémolos partis du fond du ventre, et de sections de cuivre outrageusement grimées. Cette enfance exotique que les blancs du Midwest n'ont pas. Cerveau reptilien. C'est ancré. Alors que notre ingénieur en neurosciences serait peut-être bien en peine de dire quelle était la couleur de ses voitures.

Retour haut de page

Pochette Disque Sholi

» Tracklisting

  1. All That We Can See
  2. Tourniquet
  3. November Through June
  4. Spy in the House of Memories
  5. Any Other God
  6. Dance for Hours
  7. Out of Orbit
  8. Contortionist

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.