The Story of modern farming

Someone new

( D'autres cordes ) - 2007

» Chronique

le 18.02.2009 à 06:00 · par Marteen B.

Il faudrait consacrer un volume à chacun dans une grande encyclopédie de la musique pour discriminer sérieusement jazz et pop, mais sans être musicologue, on conçoit, intuitivement, qu'il y a là deux territoires distincts. Si l'on pousse la logique, on déduit aussi qu'entre deux territoires il faut nécessairement qu'il y ait un espace intermédiaire. Sans doute pas une frontière, qui ferme un territoire à l'autre et assure sur une ligne donnée la circulation, mais un espace, sans détermination très arrêtée, sans contours stricts, sans reliefs évidents : un no-man's land.

Durant trois jours, dans un appartement à Amsterdam, et un studio à Oslo, Jessica Sligter a campé dans un tel no-man's land avec la Danoise Louise Dam Eckardt Jensen au saxophone alto et au xylophone. Un campement léger, dans un grand dénuement sonore, où le silence prend toute sa place.

Ce qui s'est joué là en guise de musique est indéterminé. Pourtant, comme on lance une pierre dans l'eau et l'on obtient des cercles concentriques, lançant à tue-tête des mélodies, Jessica Sligter a produit des chansons. Elles se prolongent sur des lignes d'intensité, mélancoliques, heurtées et délicates. Portées par une voix aux accents et au phrasé jazz moderne, donc plus sèche que veloutée, plus voilée qu'éraillée, passant du dédoublement délicat au cri. Des chansons alternant des formes presque suaves et des exercices de démolition radicaux, où la ligne implose, est engloutie par une perturbation électronique. Où l'on entend des constructions de xylophone, des ondes de clavier, des éléments déformés au laptop (crépitements, grondements, etc.), ou bien où l'on entend rien : le silence occupant tout l'arrière-plan.

L'esthétique générale du disque est fortement marquée par l'économie du home studio. On retrouve certaines tonalités familières à l'auditeur du Home wreckordings de Rebecca Moore ou du Heniek de Lodz : jeu sur les qualités d'enregistrement, effets bruts, souffles dans les micros, percussions de crachouillis, sons bancals et rabotés, tapotis et autres rythmes artisanaux. Le libre saxophone en duo, venant parfois doubler la voix, n'appartient par contre qu'à The story of modern farming. Sous influence free, mais jouant sur la large gamme, tout en souffles et bruits de anches, appui-sons, fulgurances, dissonances. On peut dire de la voix et du saxophone qu'ils sont tour à tour, ou simultanément, les éléments solistes à l'avant-scène des chansons.

Savoir s'il s'agit d'une pop déconstruite par des moyens jazz ou de jazz dévoyé en délicatesses pop n'est pas la question. On est ailleurs. Dans un espace intermédiaire, plutôt au nord, où les chansons sont des glaçons alternant le transparent et le vitreux. Le dégel des écoutes successives les rend progressivement de plus en plus attachantes.

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Pochette Disque Someone new

» Tracklisting

  1. Morning tune
  2. Someone new
  3. Christ
  4. Hold me tight
  5. Sidespring
  6. Kenny Gsus
  7. All in tears
  8. Made
  9. St. Michaels
  10. Gillende Keukenmeid

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