Boduf Songs

The Strait Gait

( Latitudes ) - 2008

» Chronique

le 11.02.2009 à 06:00 · par Gaëtan S.

Mathew Sweet. Voilà un garçon bien discret ne manquant pas de talent. Officiant sous le nom de Boduf Songs il a donné en 2008 deux disques remarquables. Tout d'abord une confirmation avec How Shadows Chase the Balance, son troisième album sur Kranky. Plus classique et plus instrumentalisé que ces prédécesseurs, son apparente simplicité ne le rend pas moins dévastateur. S'appuyant sur son chant à moitié susurré et sur son jeu de guitare épuré, il se dégage une noirceur teintée de spiritualité magnifiant les sentiments de solitude et d'abandon. Ensuite, vient The Strait Gait dont il est question ici. Ce disque que l'on qualifiera plutôt de EP, car composé de deux morceaux pour 22 minutes, s'inscrit dans la collection Latitudes. Pour rappel, il s'agit d'une série initiée par Southern Records qui demande à des groupes de passer une journée dans leur studio à enregistrer de la musique, improvisée ou non, et de sortir ensuite le résultat en édition limitée. Cette initiative au casting irréprochable (Sir Richard Bishop, Magik Markers, Grails, Circle, pour en citer quelques uns) a jusqu'à présent très peu déçu en dépit d'un calendrier de sorties à rendre fous les plus pointilleux collectionneurs. Et voilà qu'en avril 2008, c'est à Boduf Songs de s'y coller.

Please Extract my Teeth With your Rustiest Pliers (For Redemptive) joue avec nos nerfs. Crissements de cymbales, tambours lointains, guitares minimales se succèdent dans une ambiance pesante digne des meilleurs films d'épouvante des années 70. La lecture du titre du morceau aurait du nous mettre la puce à l'oreille. Mais pour autant, une ambiance aussi froide n'est pas si surprenante. C'est plus le dépouillement et le minimalisme dont il fait preuve ici qui est inhabituel, de tels sons étant régulièrement utilisés par Boduf Songs au cours de précédents efforts, mais plus en toile de fond. Après ce passage, on retrouve quelque chose de plus classique, à savoir une guitare acoustique. Magnifiée par la longue plage d'ouverture, elle se voit accompagnée d'un xylophone. Pour achever nos nerfs, cette partie se révèle frustrante de concision. Comme souvent avec les parties instrumentales de Mat Sweet, leur simplicité, la répétition et l'entrelacement de motifs mélodiques, sont addictives au point qu'on pourrait les écouter indéfiniment sans peine, un vague sourire béat en coin. Or ici, elle ne dure guère plus de deux minutes, juste le temps de s'installer au creux de la douce noirceur.

That Angel Was Fucking Piss sonne tout de suite très familier. Il s'agit d'une version modifiée de That Angel Was Pretty Lame que l'on trouve sur Lion Devours the Sun. Si le début chanté est identique, à cela près qu'il s'agit ici d'une version live, la partie instrumentale qui suit est originale. Et très réussie. Alors que la version studio jouait avec le feedback d'une guitare électrique, on retrouve ici le xylophone et la guitare acoustique dans une magnifique danse. En s'auto-samplant les mélodies se chevauchent, se complètent, retombent par terre pour repartir dans un élan plus direct. On retrouve tout ce qui fait de Boduf Songs un projet si attachant : une noirceur mélancolique, une beauté crasseuse, une ode à la solitude, un air de dépression mystique.

En plus des nouveautés musicales que nous réserve The Strait Gait, c'est aussi sous un format nouveau que l'on retrouve Boduf Songs. Deux morceaux longs et dépouillés qui font de ce disque une réussite, une nouvelle preuve que derrière sa discrétion, Mat Sweet est un musicien des plus essentiels.

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Pochette Disque The Strait Gait

» Tracklisting

  1. Please Extract My Teeth With Your Rustiest Pliers (For Redemptive)
  2. That Angel Was Fucking Piss'

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