Kieran Hebden / Steve Reid

NYC

( Domino / Pias ) - 2008

Nouvelle livraison pour le duo Reid / Hebden

» Chronique

le 31.12.2008 à 06:00 · par Mathias K.

NYC est, à ce jour, le troisième enregistrement qui documente la collaboration entre Kieran Hebden et le batteur de jazz Steve Reid, après deux volumes d’Exchange Sessions de la meilleure qualité. Les disques sur lesquels le jazz investit la musique électronique étant le plus souvent d’une qualité déplorable, on se devait de faire honneur à celui-ci, en tous points excellent, tant sous l’angle jazz que sous l’angle électronique. Peut-être, précisément, parce que NYC ne répond réellement à aucune de ces deux catégories. Steve Reid a un passé de batteur free, et qui affectionne autant un jeu arythmique et bruitiste qu’une pratique plus groovy, et funk par moments. Ses récents enregistrements sous son nom ont intégré Hebden et ses machines comme un élément à part entière, quoiqu’un peu transparent. Le jeune anglais, lui, n’a jamais réellement appartenu au petit cénacle des électroniciens, préférant emprunter des voies obliques reliant le free au krautrock, en passant par les musiques traditionnelles africaines, toutes sortes de rêveries psychédéliques et autres musiques noisy. Avec Four Tet, son projet solo après Fridge, son intention n’a d’ailleurs jamais été de faire de l’electronica au sens strict du terme, mais une musique libre, organique, axée sur la recherche rythmique, qu’il pourrait produire et maîtriser sans contrainte et en solitaire : le format électronique se révélant alors le plus adéquat. Les deux hommes se rencontrent autour de références telles que Sun Ra, Frank Lowe, George Lewis, Rashied Ali, ou encore Can.

Les deux volumes d’Exchange Sessions faisaient la part belle à de très longs morceaux (entre dix et plus de vingt minutes), format idéal de toutes les improvisations et expérimentations. Musique complètement libre, bruitiste, saturée, électrique, joyeuse et vivifiante, dont NYC reprend le projet tout en l'infléchissant de manière claire. Cet album préfère des formats un peu plus courts, un peu plus homogènes et structurés, certainement plus écrits, mais pas moins fous. Les deux hommes se concentrent moins sur le souk sonore que l’on peut produire avec un laptop et une batterie, et davantage sur la pulsation : Lyman Place est très net à ce sujet, qui soumet tout à une progression efficace en lançant une sorte de boucle de basse pendant qu’une nappe synthétique ne cesse de progresser dans les aigus ; le morceau tout entier est construit comme une turbine qui n’arrête pas de monter en régime, pendant que Reid se déchaîne à la batterie. Le quatrième opus de Four Tet se nommait Everything Ecstatic, titre programmatique que l’on retrouve mot pour mot ici. Le reste du disque va faire le tour des savoirs-faire respectifs de Reid et Hebden : autant de perspectives musicales qu’ils nous ont déjà fait entendre, mais qui ne tombent jamais dans la redite ; la part d’exploration et de recherche reste palpable. Departure propose ainsi quelques samples de kalimba, tandis que Arrival se déploie comme une longue pièce psychédélique construite autour de guitares en nappes et en mode majeur. L’ensemble des compositions oscille ainsi entre pulsation frénétique issue de la métropole et ascensions suspensives radieuses : contrairement aux Exchange Sessions, l’enjeu semble ici d’organiser le propos en objets clos sur eux-mêmes plutôt que d’esquisser les directions multiples d’une chaos sonore toujours à rejouer..

Pour bizarre que soit cette formule en duo, une batterie et un ordinateur, elle n’a rien d’ascétique ni de déséquilibré : au contraire, la variété de sonorités ici déployées nourrit des compositions denses, où chaque sample (les guitares de 1st & 1st, ou Between B & C), par son agencement rythmique, dialogue autant avec la batterie qu’avec les sonorités électroniques empilées en strates répétitives. Attention portée au dialogue qui permet à cette musique de faire le grand écart entre sa part calculée, cérébrale, et sa part free et frénétique, activant autant le cerveau que le corps. Une nouvelle fois, et avec quelle intelligence, Kieran Hebden administre la preuve magistrale qu’il court toujours cent lieues devant tous les petits suiveurs peine-à-jouir qui encombrent paresseusement le marché de la "musique électronique pour faire danser le fluokid". Aucune trace de cette logique ici, mais une musique en invention constante, à la fois originale et belle.

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Pochette Disque NYC

» Tracklisting

  1. Lyman Place
  2. 1st & 1st
  3. 25th Street
  4. Arrival
  5. Between B & C
  6. Departure

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