Godspeed You! Black Emperor

Yanqui U.X.O

( Constellation ) - 2002

» Chronique

le 19.05.2003 à 18:00 · par David P.

Le hasard est le plus grand romancier du monde. Pour être fécond, il n'y a qu'à l'étudier. C'est donc avec une joie non dissimulée que je me lance dans cette chronique. Car pour ne pas rompre la tradition, pour la troisième fois consécutive, nos chers montréalais nous livrent leur album en même temps que Mike Myers se remet au service de sa majesté pour le troisième volet de la série des "Austin Powers".

On connaît Godspeed You! Black Emperor et si ce n'est pas le cas, les présentations étant enfin faites, on les appellera par leur petit nom, GY!BE. Ces (faux?) rebelles de chez Constellation à l'imagerie engagée stérile sont donc de retour avec Yanqui UXO. UXO parce que les mines, ça fait mal et ça déchiquette en plein de morceaux. Ceux de cet album sont d'ailleurs au nombre de 3. On craint donc à juste titre que la charge explosive fut trop légère pour nous déconstruire un peu tout ça. Que l'on se rassure tout de même un peu, quelques clichés gybesque ont sauté. Fini les discours sans intérêt et les bruits que j'ai déjà chez moi quand j'ouvre mes fenêtres (qui n'ont rien d'exceptionnelles, mais on en reparlera quand le webzine aura une section bricolage).

On passe enfin à l'essentiel, ce qui leur est propre, leur musique. Car Yanqui UXO est au post-rock ce qu'Austin Powers 3 est à la parodie, une entreprise, non de recyclage, mais de duplication, de variations sur une gamme de thèmes proposés. Malheureusement, ladite gamme est anémique. Et ce n'est pas un collectif bien trop satisfait de sa position qui ne se contentera pas de cette autoparodie moribonde qu'est devenu le post-rock. Heureux les pauvres d'esprit quand le Royaume du NME fut à eux.

Car c'est bel et bien un cadavre que l'on sort de sa boîte. Pas évident à la première écoute, l'autopsie révèle qu'un thanatopracteur est passé par là. Steve Albini, par humilité sans doute, a ainsi fait un boulot discret et soigné, juste lui donner l'éclat d'un live. Pas de maquillage superflu, juste un peu de fond de teint par ci, surtout pas d'eye-liner par là mais quand même un petit rouge discret pour dissimuler les lèvres violacées.

Dommage, on aurait préféré qu'Albini joue plutot au sexologue, pour voir enfin GY!BE se travestir, oser les porte-jarretelles, casser la routine pour raviver la flamme, pour rendre plus agréable cette nécrophilie. Mais non, rien d'autre qu'un collectif qui prend sa pose, s'effaçant derrière un discours juste là pour créer la réalité qu'il signifie.

Et c'est triste. Parce que j'aime gybe et que cet album n'est ni bon, ni mauvais en soi. GY!BE nous fait du GY!BE comme ils savent si bien le faire, sans aucune surprise, sans rien d'imprévisible. Il n'y a plus rien de vraiment beau car comme l'a si bien dit Simone : "c'est l'harmonie du hasard et du bien". Différence et répétition, Yanqui UXO est comme cette chronique, un cauchemar Deleuzien.

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Pochette Disque Yanqui U.X.O

» Tracklisting

  1. 09-15-00 (Part One)
  2. 09-15-00 (Part Two)
  3. Rockets Fall On Rocket Falls
  4. Motherfucker=Redeemer (Part One)
  5. Motherfucker=Redeemer (Part Two)

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