Grails

Doomsdayer's Holiday

( Temporary Residence / Southern Records ) - 2008

Grails poursuit dans la noirceur.

» Chronique

le 12.11.2008 à 06:00 · par Mathias K.

Parler d’un disque de Grails ne sera jamais tâche facile pour qui les a découvert avec Interpretations Of Three Psychedelic Rock Songs From Around The World, cet EP d’à peine un quart d’heure, terrifiant d’intensité, ce disque qu’à la limite ils n’ont pas écrit, mais simplement enregistré puis assemblé, de manière à ce que la copie – pour infidèle qu’elle soit – soit à la fois tout à fait proche de l’original et complètement différente. Pas différente comme une copie ou une reprise diffère de l’original : plutôt différente comme une feuille de papier diffère d’une machine à coudre. Disque court et disque mineur, mais disque majeur en réalité. Voilà ce que peut être la musique lorsqu’elle est délivrée avec suffisamment de puissance : nul besoin de l’écrire, il suffit de la recueillir quelque part (en l’occurrence le rock psychédélique des années 70) et de la jouer à nouveau. Voilà l’effet dévastateur que peut procurer la musique, même conçue a minima. C’est rassurant, un peu effrayant aussi, forcément.

Doomsdayer's Holiday, c’est complètement autre chose, et en même temps, si l’on y regarde bien, c’est du pareil au même. Grails, un peu comme les grands groupes copistes (au hasard : Interpol, à leurs débuts), déplace le problème du centre vers sa marge, non plus : « comment proposer une musique la plus singulière possible ? » mais « comment proposer la musique la plus intense possible, et dans cette intensité obtenue, comment définir une singularité ? » Grails est un groupe singulier d’être si intense. Le mystère est là, aussi simple que cela, aussi insondable. C’est qu’au fond, si l’on voulait être sévère, on dirait que les éléments qui composent la musique de Grails ne leur appartiennent guère. Un peu de psychédélisme, un peu de folk, de grandes rasades de mélancolie indie, des constructions non conventionnelles issues du post-rock, un immense background métal, et de plus en plus cette touche stoner rock qui alourdit le son, le massifie, y coule une sorte de plomb qui hante les compositions et les tire vers le fond de l’abîme.

Le désespoir psychédélique des débuts – cette idée selon laquelle le monde reste insupportable sans camisole chimique – s’est changé peu à peu (et la dernière étape en date, pas des moindres, c’est Doomsdayer’s Holiday) en paganisme malade. Il y a quelque chose d’authentiquement dément dans cette musique, dément au sens où elle semble livrer en clair-obscur la psyché de ceux qui l’ont conçue, un peu comme à l’époque où l’on découvrait Spiderland, qui faisait entendre en demi-teinte les tourments mentaux des membres de Slint, et qu’on apprenait quelques mois plus tard, fasciné par le désespoir doux qui en suintait, que tous ou presque avaient séjourné en hôpital psychiatrique au cours de l’enregistrement. Belle légende qui donnait une part de sa force à Spiderland, et qu’on croirait retrouver, intacte, avec Doomsdayer’s Holiday. Dire cela, c’est à la fois rappeler que l’expérience procurée par la musique de Grails, on la connaît au fond depuis longtemps déjà, tout en ajoutant, comme par repentir, qu’il n’est pas vain de la renouveler régulièrement, tant elle bouscule.

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Pochette Disque Doomsdayer Holiday

» Tracklisting

  1. Doomsdayer's Holiday
  2. Reincarnation Blues
  3. The Natural Man
  4. Immediate Mate
  5. Predestination blues
  6. X-Contaminations
  7. Acid Rain

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