Bruno Chevillon

Hors-champ

( D'autres cordes ) - 2007

» Chronique

le 29.10.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Bruno Chevillon est une des chevilles ouvrières du jazz en France. Très présent depuis un quart de siècle, il est un des musiciens qui compte. Officiant à la contrebasse, il est à la fois un rouage essentiel, et par définition, pas forcément le plus remarqué, de collaborations innombrables, avec Louis Sclavis, François Raulin, François Corneloup, etc.

Hors-champ offre une carte blanche, qui pour un bassiste peut se révéler une épreuve redoutable, livrant une copie technique pour zélateurs zélés. Comme Bruno Chevillon est un grand amoureux de musique, c'est autant comme bassiste et contrebassiste qu'il officie que comme producteur de sons. Pas de démonstration virtuose affolante, hors-sujet, mais des plages aux ambiances soignées.

La prise de son home-studio joue sur des jeux de souffles sur micro en guise de rythmique (Germania, ou, Alors, le désordre). La présence du souffle et des voix (récitante sur Germania ou Dans sa tête abaissée) confère une présence forte à un album qui s'apparente à une cartographie des pistes possibles pour électronique et musicien solitaire. Noué à la contrebasse, l'archet gronde, grince, gémit quelquefois, et bourdonne souvent. Il offre sur Seuils un solo varié et très pur, ainsi qu'une prise de taille pour tout contrebassiste.

Assez indépendants, les morceaux font office de grande visite, on entend d'ailleurs marcher au terme de Germania. La tonalité générale est urbaine, nocturne, souterraine et tellurique. Pas perdus sous une voûte d'église, grondements dans les entrailles du monde, rues écartées et portes sombres pour entrer dans des clubs du genre du Silencio. Les amoureux de David Lynch, du Wim Wenders période Mitteleuropa et Les Ailes du désir, trouveront leur compte, en plus nerveux, dans Hors-champ. Qui comme son nom l'indique vise le juste au-delà du monde, moment où des bruits de la ville se dégage une possibilité cabalistique. Corten steel est ainsi empli de grésillements où les anges virent démons et les ailes cravachent à fond de train sur un périphérique vide noyé d'affreux néons.

Quelques immersions dans des nuances trip-hop et des poussées de sève rock fort dynamiques attachent cette musique au présent, concret et immédiat. Tel sur Partir des choses, une amorce décomposée de batterie, chaque élément entrant en piste sonore indépendamment. Ou Alors, le désordre et son électronique graisseuse et sombre. Sur Une pièce vide, où un tapotis d'archet sur cordes organise un bal funèbre de tension et d'inquiétude. Sur Lear-machine, qui pète à la gueule et conclut l'album dans un accès de violence hardcore, tant pour le magmas brut que pour son solo échevelé.

« Soufflez, vents, jusqu'à crever vos joues ! Faites rage,

Soufflez, déluges et trombes, jaillissez

Jusqu'à submerger nos clochers et noyer nos girouettes !

Ô vous, feux sulfureux, prompts comme la pensée,

Avant-coureurs de la foudre qui fend les chênes,

Flambez mes cheveux blancs ! »

Le roi Lear, acte III, scène 2.

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Pochette Disque Hors-champ

» Tracklisting

  1. Dentro ci son le voci
  2. Germania
  3. Dans sa tête abaissée
  4. Seuils
  5. Corten steel
  6. Salir la scène
  7. Courtisane du Cynique
  8. Partir des choses
  9. Alors, le désordre
  10. Une pièce vide
  11. Lear-machine

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