Joe McPhee

Sweet Freedom, now what ?

( hatHUT / Harmonia Mundi ) - 2008

Réédition d'un classique de Joe McPhee enregistré en 1995.

» Chronique

le 22.10.2008 à 06:00 · par Mathias K.

Rééditer Sweet Freedom – Now What ? du trio McPhee, Ellis et Plimley, paru en 1995, c’est un peu constater, avec toujours plus de désenchantement, que rien n’a changé de la donne politique globale, sinon en pire, selon le mot paradoxal de Baudrillard : « Pourquoi tout va de mieux en mieux et en même temps de pire en pire ? ».

Sweet Freedom – Now What ?, conçu comme un tribute à Max Roach et sa Freedom Now Suite, affiche sa clairvoyance dès son titre, les auteurs affirmant à son propos que la question contient la réponse. Douce liberté, et à présent quoi ?, ou comment la liberté gagnée sur tous les fronts ne fait jamais qu'enserrer un peu plus dans une servitude suave, acceptée. La pièce de Max Roach se voulait militante, gonflée d’espoirs (années 60, un pavé, de papier ou de pierre, peut encore changer le monde) ; celle de McPhee est désenchantée et tient davantage de la protestation rageuse, écoeurée. Ou comment les schémas harmoniques de Selfportrait , Triptych ou Driva Man se mettent doucement à crier sous les coups de buttoir du saxophone, comment encore démantibuler les lignes rythmiques de Approches The Smoke That Thunders.

Donc, le trio de Joe McPhee fait de la réécriture en même temps que de la philosophie dans une veine michel-foucaldienne, prenant acte du fait qu’un certain nombre de libertés agissent comme autant de dispositifs invisibles destinés à essaimer le pouvoir et ses effets. De la réécriture, ou pour mobiliser une idée qui n’est pas la mienne, de l’interprétation, en réactivant l’original de manière distante, lointaine, pour le délivrer chargé d’un sens autre, différé, dévoyé, oblique. Réécriture, interprétation et Michel Foucault : équation un peu bizarre, mais qui se tient si l’on considère – à l’heure où toutes les icônes de la contre-culture (en 1995, le décès de Kurt Cobain est encore frais, la blessure ouverte) sont reprises pour être désamorcées en profondeur et réinvesties, y compris dans ce qu’elles gardent de surface subversive, au profit de la grande narcose politique – que l’enjeu de la reprise, réécriture et interprétation, est de faire en sorte que les originaux par ce biais réactivés redeviennent des objets glissants, fuyants, inajustés (aux attentes, aux besoins du pouvoir et du marché), inajustables.

Bref, alors qu’on aurait pu se gargariser à loisir d’un hypothétique album hommage paresseusement assis sur ses acquis aux parfums de musée, célébrant avec bonhomie le geste militant du Max Roach de 1960, voilà qu’est donné à entendre un ensemble de compositions qui pensent véritablement, et qui pensent sur une ligne dure ce que peuvent être la réécriture et l’engagement politique lorsqu’ils préfèrent à une satisfaction hâtive les dangers de la lucidité. Un modèle de rigueur et d’intelligence qui devrait, encore longtemps, faire autorité.

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Pochette Disque Sweet Freedom, now what ?

» Tracklisting

  1. Mendacity (Slow)
  2. Driva Man
  3. Roost 2
  4. Selfportrait / Lift Every Voice and Sing
  5. Singing with a Sword in my Hand
  6. Roost 1
  7. Garvey's Ghost
  8. Approaches the Some that Thunders
  9. Triptych / Prolepsis
  10. Mendacity (Fast)
  11. A Head of the Heartbeat
  12. The Persistence of Rosewood
  13. Roost (Coda)

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