TV On The Radio

Dear Science,

( 4AD ) - 2008

» Chronique

le 06.10.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Dave Sitek expliquait à la sortie de Desperate youth, blood thirsty babe, que son rapport à la musique avait changé radicalement un jour qu'il conduisait un corbillard. La radio diffusa alors The Creator has a masterplan, un des deux morceaux du Karma de Pharoah Sanders. Dave Sitek racontait avoir dû stopper le véhicule, stupéfait par ce qu'il entendait, et avoir attendu la fin du morceau pour redémarrer et livrer le macchabée -- mythe de la mort sublimée ouvrant sur une seconde naissance.

Un groupe de rock et deux albums plus tard, TV on the radio invoque sur Dear science une part toujours plus considérable de la musique noire, déjà très présente pour son versant jazz dans la seconde moitié de Return to cookie mountain. Pas d'invocation ici, avec un jeu classique de citations cultivées : titre et pochette intérieure réfèrent au laboratoire, et l'album s'affirme comme une puissante machine à aspirer et retraiter, réencoder, toute une histoire musicale.

Les textes riches et complexes ne déparent pas dans une tradition qui s'origine dans les Last Poets ou Gil Scott-Heron. Tunde Adebimpe propulse son flow sur des moments presque rap (Dancing Choose). Des cuivres luxurieux puisent dans la soul. Une guitare funky sur Red dress ou Crying et une basse presque toujours sautillante. Parfois, des tonalités trip-hop. Une ambiance dansante. Pas mal de claquements de mains. Il faut ajouter avec Stork & owl et surtout Family tree une incursion dans des climats majestueux, voire cérémonieux, très soul là encore. Enfin la prééminence des voix. En solo pour Tunde Adebimpe, en chorus pour Kyp Malone, ou en éclats multiples des guests.

Poursuivant et approfondissant son job depuis le début, Dave Sitek obtient un son d'une extrême densité malgré les éléments très hétérogènes et ici la multiplication des instruments. Les morceaux sont traversés de spirales et tores soniques s'épanouissant comme des jets au milieu d'une fontaine. Dear science est ainsi simultanément exubérant et compact (époustouflant final de Lover's day en fanfare free). La dextérité et la précision, vite condamnés en général, émerveillent par leur légèreté. Une production millimétrée n'est pas nécessairement commerciale. Il y a une forme d'évidence miraculeuse dans la plupart des morceaux, qui les impose dès la première écoute.

Le disque trouve de puissantes accélérations dans la veine du Wolf like me, mais s'appuie souvent, comme sur Golden Age, sur un mid tempo élégiaque, glorieux, sereinement joyeux et superbement mature. C'est dire qu'il joue dans la cour solaire des The Creator has a masterplan ou du A love supreme de Coltrane. Ce qui n'empêche pas les textes de comporter une vigoureuse acidité.

Dear science est à la fois moins tapageur, moins baroque que Return to cookie mountain, plus dense, et pourtant plus singulier. Il pousse aussi plus loin la recherche sonore. Il parvient à être encore plus varié, couvrant une diversité de compositions propre à nourrir une bande originale de film.

L'album s'ouvre sur Halfway home qui rappellera peut-être à ceux qui suivent l'aventure depuis le début le single New health rock : dont la formule est désormais déployée avec une maestria aussi efficace pour les jambes que spectaculaire pour les oreilles, et une de ces accélérations imparables qui dévissent le dance-floor.

Trois disques à présent que l'on parle de classique. Et n'en déplaise aux grincheux, l'histoire du rock n'est pas achevée. En définitive, the revolution will be televised.

A noter : Dear science est disponible en version simple ou Deluxe. La version Deluxe contient 3 morceaux complémentaires ainsi que 2 remixes.

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Pochette Disque Dear Science,

» Tracklisting

  1. Halfway home
  2. Crying
  3. Dancing choose
  4. Stork & owl
  5. Golden age
  6. Family tree
  7. Red dress
  8. Love dog
  9. Shout me out
  10. DLZ
  11. Lover's day

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