Cats in Paris

Courtcase 2000

( Akoustik Anarkhy ) - 2008

» Chronique

le 24.09.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Gilles Deleuze aimait-il les chats ? Ses graves troubles respiratoires malheureusement les lui interdisaient. Sans quoi son appartement parisien aurait peut-être été une jungle de poils félins. En tout cas, Gilles Deleuze aimait beaucoup les ritournelles, qui font l'objet d'un chapitre de Mille plateaux. La ritournelle est une pièce musicale accrocheuse, courte, où la notion de répétition est décisive ; elle vise à provoquer des effets de jubilation et de reconnaissance. « Dans la ritournelle, il y a invention de vibrations, de rotations, de gravitations, de tournoiements, de danses et de sauts, qui atteignent directement l'esprit ». Dans son jeu d'aller-retours, entre déflagration et implosion, elle bourgeonne, et parvient à maintenir en cohérence, par ses accélérations, des éléments hétérogènes. Argumentait Gilles Deleuze.

La ritournelle est dansante et vénéneuse, elle émeut, avec des moyens pourtant volontiers tapageurs. Elle amuse le cœur et stimule l'esprit. Son expressivité débordante laisse sans voix. Dirions-nous tout bonnement en écoutant Cats in Paris.

Pour décrire cet indescriptible et magnifique bordel, jetons en vrac... Orchestration de traviole. Rythmique décomposée. Feinte naïveté. Démesure. Des violons d'attaque. Des bulles pétillantes. Des cris de toute part. Des miaulements et feulements. Des claviers en boucle. Des mélodies nouvelles toutes les minutes. Des paroles absurdes. Avec même un morceau de bravoure en français rapiécé, dans une belle veine Ionesco, où une demoiselle à Paris se voit offrir par tous ceux qu'elle rencontre des boutons surnuméraires pour son manteau.

Lovelovelovelovelove attaque avec la puissance, la volonté épique, du Book of bad breaks de Thee more shallows, où la ronflante électronique enfle et s'éteint pour laisser la place à une voix nue. Version décérébrée, gonflée à l'hydrogène et aux acides, et pour tout dire, version plus réussie. Beaucoup plus baroque que TMS, mais aussi plus nuancée, beaucoup plus souple et variée. Soit les qualités combinées d'une grande roue clinquante et d'une avaleuse de sabre.

Loose Tooth Tactile ouvre sur un gimmick à trois notes digne des tout premiers jeux vidéos, se poursuit sur une voix sage, puis tout le monde se met à crier « orange juice ! orange juice ! », la batterie passe en mode contre-temps, les orages noisy se multiplient, l'électronique tombe dans un mixer, et le morceau se conclut avec une gravité d'enfants de choeur à Westminster, écho de cathédrale en promotion.

The Curse Of Jonah Brian commence comme un boogy orchestré par Tim Burton, se poursuit, sirupeux, en bande-son d'Harlequin burlesque, passe aux Bee-Gees le temps de quelques trilles, titille son Portishead, revient aux violons tziganes.

L'aisance à basculer d'une ambiance à une autre comme un chat joue avec une pelote de laine, qu'il l'hypnotise, lui coure après ou s'y emmêle, est assez magique. Pour l'énergie dansante et sexy, on pense aux B-52's, avec mélange de voix masculine et féminine qui se pouillent comme dans des dialogues de Tex Avery. A Architecture in Helsinky pour la dimension de sarabande collective. A Le Loup pour la rage au ventre, l'énergie du désespoir de Flamethrowers, et le chant à s'arracher la gorge. Mais Cats in Paris invente un son glorieux et explosif, extrêmement offensif, qui lui est propre, mixant furia, martyres de cordes atonales, clavier, tempêtes électroniques, chants et clameurs. Les voix sont très bonnes, et le batteur fait preuve d'une réjouissante inventivité. L'anglais, qui dispose de ressources propres à dominer l'univers rock, permet de lâcher comme autant d'évidences à l'écoute de Courtcase 2000 : sloppy-prog-band, xylophonic-punktronica, slicy-toy-keyboard-rock.

Pour son premier album, Cats in Paris trouve d'entrée de jeu la formule Strawberry jam des Animal Collective, où invention et expérimentation sont servis avec une facilité si communicative qu'elle réconcilie puristes, indie-fashionettes, weirdeux et clubbers. Gilles Deleuze, qui avait lui aussi ses côtés branque, aurait forcément adoré les nouveaux chats sauvages. Courtcase 2000, à qui l'on souhaite tout le succès qu'il appelle, s'inscrit dans la lignée de ces disques qui, bien des années après, ressurgissent encore dans les top ten des albums cultes, et qui d'être joués une fois vous changent la nature d'une journée. Des disques infiniment précieux.

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Pochette Disque Courtcase 2000

» Tracklisting

  1. Lovelovelovelovelove
  2. Foxes
  3. Cold Products
  4. Castle Walls
  5. Button (Part One)
  6. Flamethrowers
  7. Goojfc
  8. The Curse Of Jonah Brian
  9. Button (Part Two)
  10. Loose Tooth Tactile
  11. (How To) Harvest Yourself

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