Mercury Rev

Snowflake Midnight

( Cooperative Music ) - 2008

» Chronique

le 19.09.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Année 2005. Quand sort The Secret Migration, une onde de choc accompagne l'album : les bras en tombent, un peu partout.

On compte alors trois temps à la discographie du groupe. Avec Yersealf is steam et jusqu'à Boces, portés par un David Baker incendiaire, les sauvages pratiquent une psychadelia punk qui, de concerts envapés jusqu'au combat au couteau backstage, est vouée à une prompte extinction. La période qui suit est intermédiaire, pop, assagie et prometteuse. Un seul album, See You on the Other Side, où Jonathan Donahue a pris le micro avec humilité. Deserter's song ouvre la troisième période, qui culmine sur All is dream, au lyrisme pop-wagnérien, aux ambiances lyriques somptueuses. Soit trois périodes successives foisonnantes, étonnantes, qui font du groupe un des plus constamment excitant et une référence assurée.

Disons que The Secret Migration est l'album d'une période dite n°4, que par pudeur on ne qualifiera pas davantage, mais que certains voyaient déjà finir en première partie de Yes à Oulan-Bator.

Aussi, et avec son lapin en couverture, Snowflake midnight annonce des écoutes angoissées. Que serait ce 7ème opus, dont sans doute quelques-uns espéraient qu'il ne verrait jamais le jour, laissant le doute sur la capacité des Américains à se tirer du mauvais pas. Refondation ? Retour aux sources ? Virage à 120 degrés ? Rétro-pédalage dans la choucroute ? Les spéculations, sans valoir les préliminaires du Concile de Trente, ont nourri de longues pages sur les forums spécialisés.

A bien des égards, Mercury Rev se place à la hauteur du gouffre métaphysique contemplé par ses adeptes et détracteurs, livrant un album singulier, tranché, qui ouvre une nouvelle et 5ème période dans sa production.

La première écoute donne envie de décrocher le fusil de chasse de papy et d'ouvrir la saison du tir au Donahue, dont la voix n'a rien perdu de la mièvrerie engrangée pour l'album-papillon. Il faut s'imposer trois à quatre essais. Prendre son temps. Laisser passer quelques jours. Prendre l'air souvent. Surtout, ne pas écouter les albums précédents pendant la période. Un théologien dirait qu'il faut vouloir avoir la foi et admettre que Mercury Rev mérite un geste de confiance, mérite d'être cru. Y revenir. Indéniablement, à partir de la troisième écoute, du brouillard premier naissent, lentement, des sensations accommodantes. Il ne serait pas honnête de plaider pour une conversion généralisée de la population (phénomène signalé avec Deserter's song), mais il y aura des suiveurs pour cette pop aux ambiances électroniques très travaillées, dont le lyrisme parfois power-pop dans l'écriture est comprimé par une certaine modestie. Alors que Mercury Rev a beaucoup beurré ses productions précédentes, le groupe livre ici une copie complexe, mais sèche, retenue. Jonathan Donahue retrouve des accents brisés, tremblés et émouvants. Ainsi Butterflies wing et son entrée en matière électro, frappé d'une mélancolie poissarde, ou People are so unpredictable. Les nappes appellent à beaucoup de lumières sur scène dans les concerts, mais épargnent les séquences briquet. La très grande technique de The Secret Migration est conservée, au service d'une écriture considérablement allégée. Musique moirée, dont la profondeur varie sans cesse, transposition sonique du kaléidoscope. Mercury rev confirme sa palette de tisseur de matière sonore, prenant appui sur une base techno (rythmes, couches, sons). La richesse du matériau permet de viser les étoiles et la pop-cosmique (avec un s), sans retomber dans les errances du glam-rock et de sa virtuosité écoeurante. Pop gélatineuse ou extra-terrestre, selon sa sensibilité, mais capable de déferlement de puissance (final de People are so unpredictable) comme de nuances, par exemple Dream of a young girl as a flower et ses scintillements de cordes, de voix, ou ces transitions qui rappellent le travail de Scott Martin et Ryan Norris sur le Damaged de Lambchop. C'est quand il réussit l'entrelacement de ces deux tendances, plainte sinueuse et véhémence, que le disque impressionne.

So what ? Le disque est audacieux, se bonifie à chaque écoute, et travaille un nouveau territoire sonore. Un point pour David Fridman. Snowflake midnight impose son concentré de singularité et son imaginaire. Le disque est suffisamment singulier pour provoquer un schisme chez les sectateurs, amenant la rupture complète et définitive des uns, et le retour troublé des autres, bien en peine d'expliquer leur foi, mais porteurs de cette confiance qui accompagne les reconversions. Quel bonheur, en définitive, que des groupes s'attachent à ne pas flatter le public dans le sens du fan. Et quelle chance pour les sectes.

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Pochette Disque Snowflake Midnight

» Tracklisting

  1. Snowflake in a hot world
  2. Butterflys wing
  3. Senses on fire
  4. People are so unpredictable
  5. October sunshine
  6. Runaway raindrop
  7. Dream of a young girl as a flower
  8. Faraway from cars
  9. A squirrel and I (holding on... And Then Letting Go)

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