Heavy Trash

Going Way Out With Heavy Trash

( Yep Roc Records ) - 2007

» Chronique

le 17.09.2008 à 06:00 · par Eric F.

Alors qu'on pensait qu'il en était fini du Blues Explosion, deux dates parisiennes sont venues nous contredire (Point FMR et Rock en Seine). Deux performances dans des endroits symptomatiques du syndrome "j'ai le cul entre deux chaises". Soit un club à l'étroit, où les groupes n'ont pas le droit de tricher, et une scène immense, proche d'un stade de foot où vous pourrez repasser question feeling. Bizarrement, cette dichotomie se retrouve également dans la discographie du groupe, qui semble s'être perdu en route depuis le torride Acme. A en juger par l'attitude en pilotage automatique de Jon Spencer sur scène et les moues de Judah Bauer (depuis parti faire une pause chez Tom Waits et Cat Power), on ne donnait pas cher de la peau du Blues Explosion. Alors, simple baroud d'honneur ou véritable résurrection, ces deux concerts ? Impossible de le dire à l'heure qu'il est...

Toujours est-il qu'en cas de rupture définitive, Heavy Trash sera une sacrée alternative pour ne pas pleurer à chaudes larmes sur Orange ou Now I Got Worry. Conçu comme une simple récréation avec Matt Verta-Ray (Madder Rose, Speedball Baby), il y a fort à parier qu'Heavy Trash arrive vite à prendre beaucoup plus d'importance que ses deux géniteurs auraient pu le prévoir. Et puisqu'il sera écrit que chaque groupe dans lequel sera passé Jon Spencer sera exposé à la polémique, corrigeons tout de go cette aberration journalistique : non, Heavy Trash n'est pas un groupe dédié à la gloire du rockabilly. Certes, les guitares Gretsch, les contrebasses et la gomina sont au rendez-vous, mais je doute que vous trouviez Johnny "rock" quand il se pointe en Harley avec un blouson en cuir sur les épaules, non ?

Jon Spencer a eu beau s'époumoner sur Talk About The Blues, il semblerait que le message doive-t-être répété : "Ladies & gentlemen I play rock and roll". Comment pourrait-il en être autrement quand le duo s'offre le luxe d'engager les magnifiques fines gâchettes de The Sadies comme backing band ? Toutes les musiques qui auront bercé Spencer et Verta-Ray se retrouveront consignées sur ce Going Way Out With Heavy Trash, beaucoup plus abouti que le premier effort du groupe, qui avait laissé quelque peu indifférent. Si l'on doutait que Jon Spencer puisse encore être un véritable diablotin sur ressorts, sortant continuellement de sa boîte, They Were Kings apporte la preuve par "a + b" qu'il a encore de belles années devant lui. Aussi débordant d'enthousiasme que plein d'une saine révérence envers les idoles du passé, ce titre synthétise parfaitement ce qui fait d'Heavy Trash un groupe passionnant, à des années-lumière d'un simple rôle de faire-valoir.

Du rock and roll pur jus, il en sera grandement question tout du long de ce disque, mais pas seulement. En effet, Heavy Trash flâne où bon lui semble et ne s'impose aucune limite. Très à l'aise dans le rôle du crooner de service, Spencer minaude sur un Crying Tramp, qu'il n'aurait sans doute jamais osé se permettre chez le Blues Explosion. Matt Verta-Ray n'est pas en reste non plus : puisqu'il laisse le soin de chanter à son compère, le Canadien s'occupe de la plupart des guitares et le bougre sait se montrer intenable : incroyable break sur Pure Gold, guitares acoustiques soignés, parfaite évocation des mythiques Chain Gang sur I Want Oblivion, jeu aéré sur You Can't Win... Ajoutez à cela des cœurs plus que convaincants sur Outside Chance, et il sera facile de conclure que ces deux-là se sont parfaitement trouvés. Qu'on les catalogue comme rockabilly et qu'ils se moquent ouvertement des "oeuvres" guitaristiques de Brian Setzer prouve bien qu'Heavy Trash a tout compris.

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Pochette Disque Going Way Out With Heavy Trash

» Tracklisting

  1. Pure Gold
  2. Outside Chance
  3. Double Line
  4. Kissy Baby
  5. That Ain't Right
  6. I Want Oblivion
  7. Way Out
  8. She Baby
  9. They Were Kings
  10. Crazy Pritty Baby
  11. I Want Refuge
  12. Crying Tramp
  13. You Can't Win

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