For stars

...It falls apart

( Future Farmer Recordings ) - 2004

» Chronique

le 27.09.2004 à 06:00 · par Thomas F.

Les "discours" établis pour accompagner la sortie d’un nouvel album de tel ou tel artiste plus ou moins reconnu ont une fâcheuse tendance à se ressembler, faute à une surenchère de superlatifs lénifiants si le précédent album a reçu un bon accueil ou alors de sentences reniant savamment le travail passé en cas de petite déception artistique et/ou commerciale. Dans cet espace d’interchangeabilité où il est sur le fond assez peu question de musique, l’angle original choisi par Future Farmer Recordings pour introduire le quatrième album de for stars interpelle. En effet, le label californien explique que, les précédents opus ayant plutôt convaincu, ce LP devait initialement voir le jour sur une major. Seulement, selon les critères de celle-ci, le groupe aurait, impuissant, lentement laisser infuser beaucoup trop de noirceur dans ce qui aurait du être un We’re all beautiful people puissance 10, recueil alambiqué de chansons pop romantiques, comme du Death Cab For Cutie échoué sur les terres les plus lumineuses de Mercury Rev ou Mojave 3. Le ton adopté, humble et presque penaud, surprend d’autant plus que l’extrait en écoute sur la page dédiée au groupe, It doesn't really matter, bien qu’atypique avec sa trompette, sa rythmique euphorique mais aussi ses quelques envolées (malheureusement) quasi Queenesque dans le chant, parait bien armé pour les rotations lourdes sur les radios où triomphent Coldplay et consorts.

Le titre d'ouverture -I should have told you- passé, cette circonspection persiste. Démarrant sur une tonalité oscillante qui évoque le Planet Telex de Radiohead, se développant majestueusement avec ses guitares marmoréennes et ses touches délicates de piano puis se concluant sur un troublant "so mean" (tellement troublant que je me demande en fait à chaque écoute si ce n'est pas plutôt "sorry" ou les deux...) éminemment proche du fameux So real de Jeff Buckley, il est impossible de ne pas imaginer à son écoute une scène ubuesque où le président de la major américaine pressentie avant cette libération de contrat prématurée convoquerait le responsable du dossier "for stars" pour lui passer un savon mémorable. Mais assez de vain suspens, ces deux morceaux font effectivement figure d’exception au milieu des 6 autres.

Coincée entre ces fameux I should have told you et It doesn't really matter, Calm down baby remplit ainsi la fonction délicate de mise en bouche pour la seconde partie de l'album. Avec en particulier ses quelques nappes d'orgues étirées qui ne sont pas sans rappeler le travail d'Angelo Badalamenti pour Twin Peaks, ce titre est le premier susceptible d'happer totalement l'attention de l'auditeur, lui laissant cette sensation à la fois délicieuse et inquiétante de temps suspendu. Des paroles aussi évidentes que "Friends again, You're just my friend again, (...) There's a million things I'd rather be than your friend" ne pouvant qu'accentuer cet abandon (et éventuellement remémorer avec regret à certains la délicieuse Audrey Horne/Sherilyn Fenn).

Pour poursuivre la métaphore Lynchienne, les pistes 4, 5 et 6 écartent donc totalement le rideau jusqu'à présent seulement entrouvert sur le sombre univers parallèle et personnel du groupe, injectant ce qu'il faut de caractère oppressant (le final exemplaire d'In the End) et étrange (réverbérations et dissonances omniprésentes, bruits de chaîne de montage mal graissée en guise de métronome..) dans des compositions glaciales mais presque toujours réconfortantes (le timbre de Carlos Foster y est pour beaucoup qui, lorsqu'il ne force pas sur le falsetto, rappelle la présence vocale de Neil Halstead). La chanson titre If it falls apart représente la quintessence même de ce travail sur les ambiances. Les architectes californiens bâtissent ici le labyrinthe musical parfait : celui où les fantômes et les atmosphères (samples grésillants ou encore cuivres façon films noirs...) se multiplient jusqu'au vertige à chaque intersection et dont on regrette quasiment, au bout de neuf minutes, de s'échapper, le coeur seulement léger de savoir qu'ici aucun soleil ne brûlera nos ailes nouvellement pourvues.

Et c'est finalement sur le point de l'impuissance supposée du groupe à contrôler son indéniable part d'ombre qu'on trouvera à redire concernant le communiqué de presse. A la manière des motifs géométriques de la pochette ou de la tracklist qui peut se lire comme un poème, derrière de faux airs de divagation nocturne, pas une seule seconde de ...It Falls Apart ne semble pas parfaitement réfléchie et construite. A tel point qu'il est même impossible d'imaginer meilleure notice d'écoute à ce disque que Lend out your love, la délicieuse ballade dépouillée le concluant avec son message confondant d'espoir et de bonnes intentions "Lend out your love and you will see, things will come back in threes, fours and fives". Car si la première écoute laissera fatalement plus d'un auditeur sur le carreau, les plus persévérants reviendront longtemps, comme de plus en plus envoûtés, à ce LP aux allures de palimpseste, certes pas indispensable mais idéal pour s’oublier et rêver en technicolor bleuté.

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...It falls apart

» Tracklisting

  1. I Should Have Told You
  2. Calm Down Baby
  3. It Doesn't Really Matter
  4. In the End
  5. Shattered Glass
  6. Reminds You
  7. If It All Falls Apart
  8. Lend Out Your Love

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