Wolf Eyes / Anthony Braxton

Black Vomit

( Victo ) - 2006

» Chronique

le 15.10.2008 à 06:00 · par Benjamin A.

Après avoir avoué son admiration aux membres de ce groupe noise génial qu'est Wolf Eyes (et raflé tous les disques en vente ce soir-là, lors d'un live que le groupe donnait en Suède), Anthony Braxton se retrouve le 21 mai 2005 au Festival de Musique Actuelle de Victoriaville avec le trio d'Ann Arbor, sur une invitation de Thurston Moore, curateur de cette troisième journée du festival. En 2005, Aaron Dilloway vient de quitter Wolf Eyes (à la base Nathan Young, puis avec John Olson) ; c'est alors Mike Connelly (Hair Police) qui prend sa place. La réunion d'Anthony Braxton et de Wolf Eyes est surprenante, on imaginait difficilement jusque-là Wolf Eyes signer un disque chez Victo, après être passé par Hanson, American Tapes et Sub Pop...

Dès l'ouverture, laissée à Braxton, la partie se met en place en place facilement ; on n'est d'ailleurs peu éloigné de la Ghost Transe Music (GTM), théorisée par le saxophoniste lui-même au milieu des années 90. Une théorie pour le moins alambiquée, appelant autant à l'ésotérisme qu'à un jeu simultané de musique de transe pratiquée par les Amérindiens, qui a même réussi à distancer quelques admirateurs. Il est vrai que pour l'occasion, question transe et fantôme, il n'y avait guère mieux trouvé que Wolf Eyes comme partenaire.

On ne peut pas nier que les rênes de ce Black Vomit sont confiées au trio. The Mangler et Rationed Riot multiplient les percussions syncopées, les rythmiques lourdes et répétitives, les feedbacks en tout genre. Ce sont des titres de Wolf Eyes à l'intérieur desquels Braxton se déplace habilement. On l'entend obstiné, luttant comme il peut au milieu de cette déferlante animale, resurgir par instants, accroché à ses tirades au saxophone soprano, rétablir avec grand talent un équilibre primaire puis repartir dans l'ombre des incantations surgissant de la voix d'Olson et de la guitare insatiable de Connelly.

Ce Black Vomit confirme ce qui fait de Wolf Eyes l'émérite héritier des Swans et de Destroy All Monsters, tout ce qui fait de lui l'un des groupes noise les plus intéressants de ces dernières années, avec Yellow Swans et les Skaters : puissance, radicalité, catharsis et surtout une écoute indiscutable de l'autre, des qualités qui sont certainement à l'origine du coup de foudre de Braxton pour le groupe.

Black Vomit se referme rapidement sur une présentation du quartet par son humble chef d'orchestre John Olson, acclamé par les applaudissements du public : "Anthony Braxton ! I'm Johnny Shithead!, We are the fucking Wolf Eyes !". Effectivement, ce sont bel et bien eux.

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Pochette Disque Black Vomit

» Tracklisting

  1. The Mangler
  2. Rationed Rot

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