Portishead

Third

( Island ) - 2008

» Chronique

le 11.07.2008 à 06:00 · par Dominique K.

Je me dois de confesser qu'à l'annonce de la sortie du troisième opus des anglais après presque onze ans de silence, je me suis contentée d'un pâle sourire de contentement. Je dois confesser que ça fait bien autant de temps que je n'ai pas écouté Dummy et le deuxième album éponyme, les délaissant au profit d'autres artistes plus prolifiques. Je dois confesser que le terme trip-hop me hérisse indubitablement le poil. Et pourtant, lorsque Dummy sortit en 1994, je fus immédiatement conquise par cette musique froide, scratchy et surtout par cette voix plaintive de femme déchirée par la vie. Cependant, en ce milieu de décennie, l'album de Portishead eut des répercussions qui allèrent bien au delà de l'apport musical. Cette musique (de) malade hantait les bars, les radios, les supermarchés plongeant les auditeurs dans un rythme downtempo, de façon chronique. Le résultat ne se fit pas attendre, le groupe ne supportait plus lui-même sa musique. Fin du premier acte.

Portishead se retrouve donc dans la position des groupes qui ont innové, à se poser légitimement la question : What's up Doc ? Comment rester soi-même sans devenir une caricature ? Comment aller de l'avant ?

D'entrée, Third marque un territoire sonore auquel le trio ne nous avait pas habitué. Le groupe se détache définitivement du son de Bristol et entre de plein pied dans l'ère électronique, mais une musique électronique qui affronte trois tendances de fond : la folk, le krautrock et la musique industrielle (voire le hip-hop), le tout encadré par un son très lo-fi. Reste que le groupe n'abandonne pas totalement ce qui reste sa marque de fabrique : son ton mélancolique, le chant sur un souffle de Beth Gibbons, nous donnant la toujours désagréable impression qu'elle va mourir sur la note suivante.

La grande nouveauté est l'ambiance folk dans laquelle certaines chansons baignent, à commencer par la figure de proue qu'est The Rip, sur laquelle Beth Gibbons joue langoureusement avec le Wild Horses des Stones. Deep Water, quant à lui, s'essaie ironiquement à l'ukulélé et enfin sur un des morceaux phares de l'album, Hunter, Gibbons emprunte à Hope Sandoval sa rythmique particulière qui fait de cette chanson, un hymne sans âge que l'on reprendra dans quelques années.

A l'opposé du spectre, Third puise dans le matériel sonique du début des années 80 : le martial Machine Gun baigne ainsi dans cette ambiance post-industrielle, qui fit les beaux jours de Sheffield, donnant un relief particulier à la voix de la chanteuse. Ce que l'on retiendra aussi de cet album est son orientation krautrock et psychédélique, parfois distillée et souvent revendiquée, l'orgue est ici au coeur du dispositif et joue les maîtres métronomes. Ainsi sur We Carry On, il encadre une guitare atonale et des percussions au son caverneux nous donnant l'impression d'avoir une version sous tranxène du Set the Controls for the Heart of the Sun des Pink Floyd. Sur Plastic, il me fait penser à Klaus Schulze avec ses envolées lyriques. Avec Nylon Smile, il affronte le fantôme de Can avec ses loopings très lents. Quant à Threads, il évoque à la fois Leonard Cohen et le Surrealistic Pillow des Jefferson Airplane.

Finalement, il est peut-être temps d'oublier Dummy et d'affronter avec ce nouvel album, la nouvelle ère qui commence : celui d'un groupe qui est revenu du diable-vauvert avec l'énorme envie de façonner le son des dix prochaines années. Mission plutôt réussie pour l'instant.

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Pochette Disque Third

» Tracklisting

  1. Silence
  2. Hunter
  3. Nylon Smile
  4. The Rip
  5. Plastic
  6. We Carry On
  7. Deep Water
  8. Machine Gun
  9. Small
  10. Magic Doors
  11. Threads

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