Skeletons & the Kings of all Cities

Lucas

( Ghostly international ) - 2007

» Chronique

le 18.06.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Imaginons que Sun Ra ait un beau jour décidé d'écrire des pop songs. Un tube absolu, arme fatale genre What they said. Le Myth Science Arkestra convoqué pour servir de backing band aux Beach Boys. Peut-être cela aurait-il été décevant quand même. Car après tout, est-ce que Sun Ra aurait su inventer un funk hawaïen ? Pas sûr. Le déhanchement gracile et langoureux, un rien feignant. Avec sur What they said, un riff collé-serré irrésistible. Y ajouter des claviers droit débarqués d'un de ces petits orchestres jazzy qui jouent pour les contrebandiers dans les tavernes de Tataouine. Une voix pudique, à la limite de la neutralité, mais au timbre qui se fixe à jamais dans les cerveaux, un peu comme chez cet autre minimal chanteur qu'est Stuart Murdoch de Belle and Sebastian.

Ce qui est sûr c'est que Sun Ra aurait convié les mêmes cuivres free que sur Hay W'happns. Il aurait probablement pensé à ce genre de rythmique où une batterie, privilégiant le jeu au Charley ou sur les rebords de grosse caisse, s'accompagne d'objets les plus divers. Des percussions en veux-tu en voilà. Des trombones baggy. Et puis ces morceaux qui s'étirent en longueur à une sortie de refrain, qui oublient d'en finir, qui jettent au format pop song de grands seaux de sable et des étoiles de mer. Et tout le monde rigole.

Les petits fantômes qui traversent des sons étranges, des scratchs de DJ brésiliens, ça, Sun Ra y aurait pensé aussi. Tout comme les épopées dramatiques façon Like it or not, avec ces glissandos de violons détraqués et ces pulsations lancinantes d'électricité. Un morceau orchestral et cinématographique, façon samba gothique. Enchaîné sur une soul de Martiens, ou d'Hawaïens beurrés à la cacahuète outerspace. Let it out. Orgue chaloupé, picking de violon, choeurs de chats. Claquements de mains. Les Hawaïens disent hopupu (prononcer ho-poo-poo) pour parler de cet état d'excitation où l'on ne peut plus résister à l'objet désiré, qu'il s'agisse d'une femme ou d'une vague déferlante. Sickness. morceau soul écrit pour un road movie d'Ed Wood ou de Guy Maddin. Frankenstein en dreadlocks, les lèvres poissées de ganja.

La bande de dix, quinze, vingt musiciens, pratique un surf mental sur grosses vagues, où il s'agit de se jeter dans les rouleaux soniques en accomplissant les figures les plus acrobatiques et les plus décérébrées possibles. Push'im out débarque ainsi une fanfare de zombies soufflant à poumons percés dans les cuivres, avec de grands sourires de singes tristes peinturlurés sur la gueule. Et des calbutes à grosses fleurs. Le tout tragique, cosmique, hilarant, et pourtant doux, tranquille. Décontracté du cubitus. Sun Ra s'en mord les doigts. Peu importe, Skeleton & the kings of all cities a pensé à tout. Don't worry : à faire danser les morts. Pas sûr qu'on ne trouve pas quelques ressuscités, entre les furieux et les vaudous, un ver dans une narine, en première partie des squelettes à leur prochain concert.

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Pochette Disque Lucas

» Tracklisting

  1. What They Said
  2. Fake Tits
  3. Hay W'happns
  4. Don't Worry
  5. The Shit from The Dogs
  6. Like It or Not
  7. Let It Out
  8. Sickness
  9. Push 'im Out

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