Sleeping People

Growing

( Temporary Residence ) - 2006

» Chronique

le 06.06.2008 à 06:00 · par Gaël P.

Séjournant au sein de Temporary Residence, label new-yorkais aux goûts discutables (on y trouve les poussifs Mono et Explosions in the sky, comme des groupes plus intéressants tels que Grails), Sleeping People, après un premier album en 2005 officiant dans un pur math-rock, élargit son champ musical sur Growing. De nouvelles orientations musicales apportées sûrement par l’expérience de Kenseth Thibideau, personnage polyvalent du label qui, au sein de groupes comme Prints ou Howard Hello, pratique une musique plus diversifiée.

Si le premier album contenait quelques morceaux intéressants au niveau de la structure comme Fripp for girls ou Johnny Depp, il restait cloisonné dans un registre math-rock conventionnel et sans grand intérêt. On pourrait alors attester, sur ce nouvel album, que le groupe se soit remis en question et qu’il ait essayé d’enrichir sa musique par de nouvelles propositions. Malheureusement, certains choix peu judicieux appauvrissent le tout, à savoir une certaine volonté de "présenter" l’album et des effets de style nauséabonds. Car s’il y a une tare récurrente dans la conception d’un album, c’est bien celle de vouloir donner à celui-ci un aspect que l'on qualifiera de "présentationnel", avec une ouverture introduisant l’auditeur, et des interludes le ménageant après des morceaux incisifs. Il est certes souvent utile de prendre en compte que l’album s’adresse à un auditeur, mais ce ne sont pas ses attentes qui doivent être prises en considération. On trouvera donc très peu d’intérêt à l’ouverture Centipede’s dream comme aux interludes ...Out dream, Underland et It’s heart loves open. Ces deux derniers morceaux souffrant, par ailleurs, d’effets de style dépourvus d’intérêt, à savoir une atmosphère apocalyptique pour le premier, et une mascarade de crépitements et autres bizarreries sur le second (qui n’est pas sans rappeler les effets de style identiques chez Godspeed You! Black Emperor). On ne cessera de leur reprocher ces choix qui affadissent l’album, tant il y avait matière à faire quelque chose de satisfaisant. Car les nouvelles orientations ont laissé place à un rock plus classique, moins math-rock, qui permet à certains morceaux de prendre de belles formes. James Spader est une belle démonstration de la capacité d’enchaînements rythmiques, mariée à des sonorités de guitares stimulantes tout comme Mouth Breeder, qui dévoile la maîtrise de la guitariste Joileah Maddock, entre passages nerveux et acalmies. On s’enivrera également du dernier morceau People staying awake qui, par l’arrivée étonnante de la voix de Rob Crow de Pinback et de sa joliesse mélodique, nous offre une belle composition.

Si l’album déçoit par le fait que le groupe soit tombé dans de telles convenances, on espère qu'il retrouvera une attitude plus réfléchie à l’avenir, en gardant toutes les promesses que nous proposent ses morceaux longs et bien structurés (car ce sont eux qui font mouche), sans qu’ils subissent des ornements inutiles. Une plus grande collaboration de Rob Crow pourrait être plus qu’appréciable, tant sa voix régénère l’instrumentation du groupe, même si l'on imagine que l’homme doit être sérieusement occupé, tant par Pinback que par son projet solo.

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Pochette Disque Growing

» Tracklisting

  1. Centipede's dream
  2. James Spader
  3. Yellow guy / Pink eye
  4. Mouth breeder
  5. ...Out dream
  6. Three things
  7. Grow worm
  8. Underland
  9. It's heart loves open
  10. People staying awake

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