Sylvain Chauveau & Felicia Atkinson

Roman anglais

( O Rosa Records ) - 2008

» Chronique

le 05.05.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Sylvain Chauveau doit à Un autre décembre ou Nocturne impalpable une étiquette pas fausse de néo-classique. Il a aussi enregistré un album acoustique de reprises de Depeche Mode. Il faut être têtu quand des musiciens doués vous égarent. La musique cette fois est étonnamment simple, flirtant avec le minimalisme : arpèges de guitare préparée à l'électricité radieuse, pulsation électronique poussée à la limite de la rupture et de la discordance (Dans la lumière), crochetages, valse d'ondes.

Le travail qui donne naissance à Roman anglais est conçu sur une construction d'ambiance sonore pour musicien solitaire, fabrique de boucles et de craquements où les perturbations sont des soupirs. Sur ces densités, Felicia Atkinson intervient en spoken words.

Aberdeen par exemple s'ouvre sur un énoncé toponymique, litanie de noms de villes, à la fleur desquelles se diront une poignée de sensations. « Noms ésotériques près de la rivière / Duluth / Louiseville / Chicago / Seattle / Tucson / Illinois / Providence

Aberdeen était née

Des noms d'indiens

Des noms de villes proches de noms de femmes en guerre, Duluth, Providence »

Le texte est écrit à Louisville, Kentucky, ce qui devrait faire dresser les oreilles de quelques-uns. Will Oldham, Slint et consorts... si Felicia Atkinson est allée là-bas installer ses feutres, c'est sur eux, et aussi sur Smog, David Pajo, Palace, qu'elle était venue rêver et crayonner. Le très beau texte qui en résulte, Louiseville, dont Aberdeen ne chante que des extraits, peut être lu (sans musique) en ligne.

« La lumière dans la vitesse

How I enjoy the light

Une coulure, une profondeur, la goutte qui laisse percevoir qu'il fait bas, vertical, aimantée à la descente

Photogénies :

Sur un plan incliné

La chute est douce la peau est douce la voix est douce la douceur fait un petit trou de lumière dans un chapeau de paille »

La poésie de listes, labyrinthe de propositions et d'énonciations, est une poésie répétitive et très contemporaine, une poésie séquentielle : éclats, instants, chaque mot compte, d'autant qu'ils sont chichement délivrés. Poésie déroutante pour les oreilles françaises habituées à une pratique où chandail rime avec que tu t'en ailles, et où avoir employé une fois le mot profiterole suffit à vous classer parmi les audacieux.

Les pointillés de mots jouent sur des ritournelles et des chuintements de consonne, que la voix au murmure serein et précis de Felicia Atkinson pose très bien (mieux encore en français qu'en anglais). Le genre d'alchimie supposée difficile dans la langue de Molière. On pense à Hôtel Robinson, écrit par Olivier Cadiot et Rodolphe Burger. Très littéraire donc, mais télépathe. En évidence limpide.

« Affronter l'automne au nord, le plier et faire sortir les sons les plus en arrière, empiéter sur le territoire silencieux de l'autre. Créer des boucles, mêler les langues, faire dans le son, rentrer dans la matière sonore, donner à écouter et engloutir toute image, n'être là que par derrière, derrière ce qui est donné à entendre. Choisir la langue du rock, mais faire minuscule avec une guitare et une voix. Ne garder que les poches intérieures, trouer les poches intérieures. Se camoufler dans le revers de la chanson, ne faire aucune chanson. Ne jamais chanter, se laisser déraper entre les millimètres électriques. »

Ne rien ajouter.

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Pochette Disque Roman anglais

» Tracklisting

  1. Aberdeen
  2. How the light
  3. Dans la lumière
  4. Roman anglais

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