Brittain Ashford

There, But For You, Go I

( Waterhouse Records ) - 2008

» Chronique

le 09.04.2008 à 06:00 · par Eric F.

Continuant son exploration des nouveaux talents folk aussi originaux que peu connus (pour l'instant), Waterhouse Records s'intéresse au cas de la jeune new-yorkaise Brittain Ashford. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que celui-ci est particulier : si sa musique est incontestablement marquée du sceau du folk version "old-school", pas une seule guitare à l'horizon sur ces neuf titres au charme presque démodé.

La six-cordes, Brittain Ashford l'a laissée au vestiaire depuis la fin de son groupe The Commodore Duchess à Seattle. Bordée par les dulcimer, piano jouet et autre marxophone, c'est ici l'autoharpe qui domine. Cet instrument plutôt rare de nos jours renforce un peu plus l'impression de nostalgie et d'ancienneté (fortement vénérable) qui se dégage de ce There, But For You, Go I, qui aurait très bien pu avoir été enregistré il y a cinq-six décennies de cela.

Et There, But For You, Go I, kezako ? Cette expression n'est pas spécialement récente, puisqu'elle renvoie à la célèbre (du moins outre-Atlantique) comédie musicale Brigadoon du duo Lerner & Lowe, écrite en... 1947. Son sens n'apparaîtra pas très clairement, même à un anglophone. Surtout si celui-ci est fan de télé et a moins de trente ans, il vous dira sûrement que cela signifie "I'll be there for you". La réalité est beaucoup plus complexe... et romantique puisqu'il marque l'attachement d'une personne à un lieu donné par la présence de l'être aimé.

La référence n'est d'ailleurs pas innocente puisque Brigadoon évoque l'histoire d'un village écossais qui n'apparait qu'une fois tous les siècles, ses habitants n'ayant l'impression d'avoir dormi qu'une nuit entre temps. Plus troublant encore, la pièce devrait revenir à Broadway cette année, dirigée par un certain... Rob Ashford. Sans lien de parenté toutefois.

Brittain Ashford en Belle Au Bois Dormant donc ? Il y a beaucoup de cela en effet. Si l'on n'aura malheureusement pas l'occasion de lui déposer un (chaste) baiser pour la réveiller, c'est plutôt elle qui nous envoie de tendres marques d'affection avec de délicates comptines tour à tour entraînantes (So Patiently, A Day At Coney Island) ou méditatives (Always Home), qui se révèlent de formidables compagnons lorsque la nuit se met à tomber et que la lumière faiblit.

Vous l'avez compris, l'univers de Brittain Ashford ignore tout des White Stripes et consorts, ou même de Will Oldham (qui utilisa lui aussi l'autoharpe pour ses concerts en première partie de Björk). Ici, l'internet n'est qu'un barbarisme déroutant. Sa faculté de connecter les gens lambda avec les artistes est donc remplacée par un intimisme musical qui n'en accède pas moins à un résultat similaire. On ne s'étonnera donc pas que cet album ne sorte qu'en édition limitée. Il n'avait pourtant pas besoin de cela pour affirmer ses charmes.

Retour haut de page

Pochette Disque There, But For You, Go I

» Tracklisting

  1. (One)
  2. A Day At Coney Island
  3. Always Home
  4. Not Here, But Somewhere
  5. Brooklyn Lullaby
  6. So Patiently
  7. What We Want
  8. Triple Word Score
  9. (Not To Keep You)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.