Aaron Thomas

Follow the elephants

( Recordings From The Other Side ) - 2008

» Chronique

le 19.03.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Le monde du rock, un peu comme l'univers de la coiffure, est férocement injuste. Alors que certains révisent, travaillent, s'entraînent, innovent, avec acharnement, et restent dans l'ombre, d'autres, pour une belle gueule, deux doigts d'esbroufe, s'imposent, occupent les meilleurs places, en vitrine donnant sur la rue. Et quand on entre dans le salon, on ne veut être coiffé que par ceux-là. On en ressort avec une coupe d'andouille, asymétrique et tartignolle, volé, mais ravi. Le vilain boudin que l'on a cru être la bonniche en tablier a des doigts de fée ; peu le savent. C'est injuste. C'est du rock.

Aaron Thomas est plutôt joli garçon, mais il possède surtout une voix à qui beaucoup sera pardonné. On pense à Andrew Bird, à Jeff Buckley. Ce genre de velours de voix, qui fait baisser d'un cran les papotages sous les peignes et lever les nez. Un vibrato plaisamment grassouillet, pas complètement sexuel, mais quand même troublant. Avec ça, un chant souvent dynamique, rentre-dedans. Une aisance et un naturel confondants, même lancés dans des plongeons vertigineux ou des yayayas tue-l'amour (Down to earth).

Ainsi, on a beau constater que les chansons sont pas mal, mais pas de quoi défriser, et les trompettes franchement glamour publicitaires (le refrain de Wasted or crazy, imparable en plan large, rue, ralenti sur des brushings tellement fous, entre dans le champ une paire de ciseaux crantés et le slogan d'une grande chaîne internationale : « Ta frange, c'est ton droit »), rien n'y fait : on marche, on court. Evidemment, on préférerait un chouïa de risque supplémentaire. Un peu de folie, un poil de travers. Une autre fois peut-être.

Au demeurant, rien à reprocher au disque : la production acoustique est simple, élégante, efficace. Aaron Thomas use de sa voix de playboy avec sobriété, un amour évident du métier, un appétit communicatif pour les pop songs au carré. Et si l'on part en vacances les cheveux au vent (scooter, décapotable, trottinette), Kill this city est incontournable cette année sur la playlist. Au début, cela fera sourire, mais après 15 jours, le premier mél sera pour demander les références de ce morceau, mais si tu sais, I want to follow the elephants, and dance with the dead... Parce que finalement ce disque, il est pas mal du tout. Et c'est là que décidément le rock est injuste, car Aw C'mon, chanson bastringue à trois accords, avec ses doigts qui chuintent sur les cordes, bien qu'entendue mille fois ailleurs, sera reprise en choeur (celle-là et aucune autre) par la jolie coiffeuse et le vilain boudin, pas rancunier. Vraiment trop injuste, chouineront les crânes d'oeuf.

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Pochette Disque Follow the elephants

» Tracklisting

  1. Descending
  2. Any More
  3. Clattering
  4. Wasted Or Crazy
  5. Far From Home
  6. Damage Done
  7. Kill This City
  8. Down To Earth
  9. Aw C'mon
  10. We Don't Care
  11. Thinking Is Unproductive
  12. Finish me

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