Glenn Jones

This is the Wind that Blows it Out (Solos for 6 & 12 String Guitar)

( Strange Attractors ) - 2004

» Chronique

le 29.02.2008 à 06:00 · par Thibaut G.

Jones, Blackshaw, Rose, Miller, Basho-Junghans. Autant de noms, autant d'alternatives ambitieuses aux règles sacrées établies par John Fahey, Leo Kottke et Robbie Basho, maîtres incontestés du solo de guitare acoustique. Malgré un lien de sang évident entre lesdits prétendants, deux albums auront suffi à Glenn Jones pour s'en détacher, et se forger une identité fort marquée. Originalité en grande partie liée au fait qu’à la différence de bon nombre de "contemporains", l’Américain a opté pour la multiplicité des variations rythmiques et mélodiques au sein d’un même titre, plutôt que pour la seule et simple progression d’ensemble.

En découle une dimension hautement visuelle et cinématique apportée à la plupart des morceaux de This Is the Wind that Blows It Out. A cet égard, Glenn Jones raconte, dans le livret accompagnant le disque, que Robbie Basho avait coutume, lors de ses concerts, de planter le décor par le biais de quelques propos introductifs adressés au public. Avant que Cathedrals et Fleur de Lis ne démarre, l’auditeur devait ainsi avoir en tête une cathédrale du XIIe siècle, perdue dans la campagne française au milieu de vertes pelouses, de fleurs et d’oiseaux, et traversée par le son chaud et englobant d’un orgue. S'abattait alors sur ledit lieu une violente tempête, suivie d'un rapide retour au calme, marqué par le tintement des cloches, et l’envol gracieux de colombes apeurées. Malgré toute l'admiration qu'il semble vouer à Basho, Glenn Jones préfère, quant à lui, rester relativement discret sur les thèmes abordés.

Abstraction faite de l'intitulé des titres, libre donc à l'imagination de vagabonder à son gré.

Friday Nights With, ou les sinistres nuits d’un homme esseulé, errant de troquet en troquet à la recherche d’oreilles attentives et compréhensives. Ses maintes tentatives ne porteront pas leurs fruits. En attestent les remontées et les descentes de guitare, suivies d'un final sombre et catégorique, retranscrivant avec une touchante empathie les attentes du personnage, inexorablement suivies d'échecs et de désillusions.

Nora’s Leather Jacket, ou le départ vers l’Ouest des travailleurs saisonniers, pour la période des moissons. Le rythme de la guitare douze cordes est soutenu ; suffisamment pour couvrir les quelques mois de labeur en une demi-dizaine de minutes, et offrir à l’auditeur un plan large sur le chantier et ses conditions de travail pénibles, en contraste évident avec la quiétude des paysages environnants.

One Jack Rose (That I Mean), ou une journée de fête populaire dans un petit village perdu du Montana. L’heure est encore aux préparatifs. D’un oeil amusé, à demi-voilé par les brumes du crépuscule matinal, les bêtes cessent de paître pour observer hommes et femmes, petits et grands, s’affairer. Tout s’emballe ensuite, la guitare préférant se plonger dans le bain de foule tout entier, plutôt que de se focaliser sur une scénette isolée. La journée s'achève comme elle a commencé ; l’auditeur n’a alors plus qu’à suivre l’exemple des villageois, en allant s’effondrer l’esprit chargé d'idées et de belles perspectives.

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This is the Wind that Blows it Out (Solos for 6 & 12 String Guitar)

» Tracklisting

  1. This is the Wind that Blows it Out
  2. Sphinx Unto Curious Men
  3. Friday Nights With
  4. Fahey's Car
  5. The Doll Hospital
  6. Linden Avenue Stomp
  7. Nora's Leather Jacket
  8. One Jack Rose (That I Mean)

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